La publication du rapport de ma collègue la sénatrice Samantha Cazebonne marque une étape importante pour l'avenir de l'enseignement français à l'étranger. Fruit d'un travail approfondi de plusieurs mois, il dresse un diagnostic lucide de la situation de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) et ouvre des perspectives de réforme ambitieuses. Je salue ce travail, qui confirme largement les préoccupations que je porte depuis plusieurs années. Le Gouvernement s'est engagé à réformer l'AEFE : il est désormais temps de transformer ces propositions en décisions.
Un constat partagé : l'AEFE a besoin d'une véritable réforme
L'enseignement français à l'étranger est l'un des plus puissants instruments du rayonnement de la France. Présent dans 138 pays, il accueille plus de 400 000 élèves et contribue chaque jour à diffuser notre langue, notre culture, nos valeurs et notre modèle éducatif. Il constitue également un formidable outil d'influence au service de notre diplomatie et un lien essentiel avec nos compatriotes établis hors de France. Parce que ce réseau est stratégique, nous avons la responsabilité de lui donner les moyens de poursuivre son développement. Le rapport de Samantha Cazebonne confirme un constat désormais largement partagé : le modèle actuel de l'AEFE doit évoluer. Gouvernance complexe, manque de lisibilité dans le pilotage financier, défiance croissante entre les acteurs, hausse continue des frais de scolarité, difficultés des classes moyennes à accéder au réseau… autant de constats qui appellent une réforme de fond. Le rapport est également très clair sur un point essentiel : les difficultés que connaît aujourd'hui l'AEFE ne peuvent pas être expliquées par le seul niveau de la contribution de l'État. Celui-ci consacre, depuis de nombreuses années, un peu moins d'un demi-milliard d'euros par an au soutien du réseau de l'enseignement français à l'étranger. Cet engagement est considérable et s'est renforcé entre 2017 et 2024. Les difficultés actuelles trouvent d'abord leur origine dans des déséquilibres plus profonds : une organisation devenue progressivement plus complexe, un pilotage financier insuffisamment transparent, l'absence de comptabilité analytique et un modèle économique qui n'a pas suffisamment évolué pour accompagner le développement du réseau. C'est précisément parce que le problème est celui du fonctionnement de l'Agence que la réponse doit être une réforme de l'Agence. Cette conviction est la mienne depuis longtemps.
Les décisions de décembre 2025 n'étaient ni la bonne méthode, ni les bonnes décisions
Lorsque le Conseil d'administration de l'AEFE a adopté, le 18 décembre 2025, plusieurs mesures destinées à rétablir son équilibre financier, j'ai immédiatement exprimé mes réserves. Non pas parce que je refuse toute réforme. Au contraire. Parce que les décisions prises ce jour-là ne constituaient pas une réforme.
Une réforme consiste à revoir durablement le fonctionnement d'une organisation afin de la rendre plus efficace, plus transparente et plus soutenable. Les décisions de décembre 2025 répondaient à des difficultés budgétaires en faisant principalement peser l'effort sur les établissements et, in fine, sur les familles, sans traiter les causes profondes des difficultés de l'Agence et du réseau.
C'est pourquoi à mon initiative, nous avions demandé avec plusieurs de mes collègues un moratoire afin d'ouvrir une véritable concertation avec l'ensemble des acteurs du réseau.
Le rapport de Samantha Cazebonne montre aujourd'hui qu'une autre voie est possible. Il démontre qu'avant d'augmenter les contributions demandées aux établissements, il existe des marges d'efficience importantes au sein même de l'AEFE. C'est précisément ce que je défends : rechercher d'abord les réformes de fond avant de demander un effort supplémentaire aux familles.
Des propositions solides pour construire l'AEFE de demain
Le rapport formule quarante-quatre propositions. Toutes appelleront naturellement des échanges et certaines devront être expertisées plus avant. Mais plusieurs orientations me paraissent particulièrement pertinentes.
Je soutiens d'abord la création de deux pôles clairement distincts au sein de l'Agence : l'un consacré à la gestion des établissements, l'autre tourné vers le développement stratégique, l'innovation et le rayonnement international. Cette évolution me paraît particulièrement pertinente. Elle permettra à l'AEFE de mieux exercer ses missions, de gagner en lisibilité et de renforcer sa capacité à accompagner le développement du réseau.
Je partage également la proposition de mettre enfin en place une véritable comptabilité analytique. C'est une réforme de bon sens. Avant de demander des efforts supplémentaires aux familles ou aux établissements, il est indispensable de pouvoir expliquer clairement qui finance quoi, à quel coût et pour quels résultats. La transparence est le fondement de la confiance.
Je considère enfin que la réflexion engagée sur l'évolution du dispositif d'aide à la scolarité des personnels mérite d'être soutenue. En proposant de le remplacer par une gratuité effective de la scolarité des enfants des enseignants au sein du réseau, le rapport recentre ce dispositif sur sa vocation première tout en renforçant son équité.
Ces propositions ont un point commun : elles s'attaquent aux causes des difficultés et non à leurs seules conséquences. D'autres pistes sont proposées dans le rapport qui contient 44 propositions. J'ai moi-même formulé plusieurs propositions concrètes.
Il est maintenant temps d'agir
Le rapport de Samantha Cazebonne constitue une base de travail solide. Il ne règle pas, à lui seul, l'ensemble des questions qui se posent à l'AEFE, mais il ouvre une voie claire : celle d'une réforme ambitieuse, transparente et durable.
Le Gouvernement s'est engagé à réformer l'Agence. Je souhaite désormais que cet engagement se traduise rapidement en décisions concrètes.
Dans les prochaines semaines, je rencontrerai le nouveau directeur général de l'AEFE. Cette rencontre sera l'occasion d'échanger sur les conditions de réussite de cette réforme, dont la mission première doit être de consolider durablement l'Agence, de garantir la pérennité financière du réseau et de préserver ce formidable outil d'influence au service de la France.
Réformer l'AEFE ne consiste pas simplement à rééquilibrer des comptes. Il s'agit de restaurer la confiance entre tous les acteurs du réseau, de conforter son excellence et de préparer son développement pour les décennies à venir. Parce que l'enseignement français à l'étranger n'est pas une dépense parmi d'autres. C'est un investissement stratégique pour notre pays. Il mérite une réforme ambitieuse. Il mérite désormais des décisions.