Alors que le Conseil d’administration de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger a pris des décisions contestables, il est indispensable de dépasser les idées reçues et de poser un diagnostic lucide sur la situation du réseau. L’AEFE est un atout majeur pour la France, pour nos communautés à l’étranger et pour notre influence culturelle et éducative. Mais cet atout ne pourra être préservé sans méthode, sans transparence et sans une réforme de fond assumée.
Un moratoire sur les décisions prises en décembre
Le Conseil d’administration de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger engage des décisions lourdes de conséquences pour l’avenir du réseau, à court comme à moyen terme. À ce titre, je regrette profondément l’absence de concertation politique conduite en amont par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui a écarté les parlementaires ainsi que les conseillers des Français de l’étranger. Cette méthode du fait accompli n’est ni satisfaisante ni conforme aux principes élémentaires du fonctionnement démocratique.
Dans un réseau aussi complexe, aussi divers et aussi sensible que celui de l’enseignement français à l’étranger, aucune décision structurante ne peut être prise durablement sans associer l’ensemble des parties prenantes : élus, familles, personnels et représentants des communautés éducatives. La gouvernance du réseau doit être repensée dans un esprit de confiance et de responsabilité partagée. C’est l’une des raisons pour lesquelles, avec plusieurs de mes collègues parlementaires et à mon initiative, nous avons demandé un moratoire sur les décisions prises en décembre, afin de permettre un véritable travail de fond et d’éviter des choix précipités dont les familles seraient les premières victimes.
Sortir des faux débats : une réalité financière insatisfaisante
Deux idées fausses circulent aujourd’hui et doivent être clairement démenties.
La première consiste à affirmer que l’AEFE serait en difficulté du fait d’un désengagement budgétaire de l’État. C’est inexact. La subvention publique allouée à l’Agence a augmenté de près de 100 millions d’euros entre 2017 et 2024, passant d’environ 350 millions à près de 450 millions d’euros. Cette trajectoire traduit un engagement réel et constant de l’État en faveur du réseau.La seconde idée reçue vise à opposer le développement du réseau, notamment dans le cadre de l’objectif « Cap 2030 », une politique de doublement du réseau, à la bonne gestion des établissements existants. Là encore, cette lecture est erronée. La croissance du réseau repose principalement sur des établissements partenaires, très souvent créés à l’initiative de parents d’élèves, homologués et contrôlés par l’État mais non gérés directement par l’AEFE. Loin d’être un coût, ces établissements contribuent aux ressources de l’Agence et participent pleinement à son rayonnement.
Pour autant, la situation financière de l’AEFE est aujourd’hui réellement dégradée. Les décisions envisagées visant à augmenter significativement les contributions demandées aux établissements font peser un risque direct sur les familles, sans qu’un plan de redressement crédible et global n’ait été présenté. Cette logique n’est ni juste, ni soutenable, ni acceptable politiquement.
Des amendements budgétaires : défendre le réseau dans un contexte contraint
Au total, une demi-douzaine d’amendements ont été déposés par les députés des Français de l’étranger afin de défendre l’AEFE et les familles dans le cadre du budget 2026. Dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2026, plusieurs amendements ont été déposés afin d’accompagner et de sécuriser l’action de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, dans un contexte budgétaire particulièrement contraint et une situation politique inédite.
Avec une augmentation de près de 100 millions d’euros de la subvention allouée à l’AEFE entre 2017 et 2024, cette trajectoire témoigne d’une volonté constante de soutenir le réseau et son développement. Pour autant, le budget 2026 intervient à un moment de fortes tensions sur les finances publiques et de recomposition parlementaire, qui rendent l’exercice d’autant plus délicat.
Dans ce cadre, avec mes collègues députés représentant les Français établis hors de France, nous avons souhaité être pleinement force de proposition.
Les amendements déposés visaient à préserver les équilibres fondamentaux du réseau : garantir les moyens de fonctionnement de l’AEFE, limiter l’impact de certaines charges structurelles pesant sur l’Agence, et protéger les dispositifs essentiels pour les familles, en particulier les bourses scolaires et l’accompagnement des élèves à besoins éducatifs particuliers.
Ces amendements avaient vocation à alerter, à ajuster et à sécuriser, en tenant compte à la fois des contraintes budgétaires de l’État et des réalités de terrain vécues par les établissements, les personnels et les familles. Leur examen a permis de rappeler que le réseau AEFE constitue un investissement stratégique pour la France, au service de nos compatriotes et de notre rayonnement culturel, éducatif et linguistique dans le monde.
Parmi ces amendements, j’ai présenté et fait adopter un amendement augmentant de 7 millions d’euros la dotation de l’AEFE, afin d’éviter que la hausse des cotisations employeurs des fonctionnaires détachés ne pèse sur les frais de scolarité.
Grâce à la mobilisation des députés de mon groupe Ensemble pour la République, cet amendement a été retenu dans la version finale du budget 2026.
Réformer pour durer : des propositions claires, une méthode indispensable
Face à la situation actuelle, il ne s’agit ni de gérer l’urgence par des mesures ponctuelles, ni de faire porter l’effort principal sur les familles.
Depuis plusieurs années, avec de nombreux collègues parlementaires, je porte des propositions claires pour engager une réforme structurelle de l’AEFE, à la fois juste, soutenable et ambitieuse.
Ces propositions reposent sur quelques principes simples : exiger une transparence totale sur la situation financière de l’opérateur ; engager une rationalisation assumée de ses missions et de ses frais de structure ; revoir la gouvernance du réseau afin de mieux associer les élus, les communautés éducatives et les représentants des familles ; et ouvrir des pistes de réforme permettant de préserver l’accessibilité sociale du réseau tout en accompagnant son développement.
Il n’est ni acceptable ni durable que les familles soient les premières, voire les seules, à assumer les conséquences d’un modèle qui n’a pas été suffisamment réformé au fil des années.
Mais au-delà du fond, la méthode est déterminante. Nous attendons désormais du Gouvernement une approche fondée sur le dialogue, la concertation et le respect des acteurs du réseau. Une réforme de cette ampleur ne peut réussir que si elle est construite avec celles et ceux qui font vivre l’enseignement français à l’étranger au quotidien : personnels, parents, chefs d’établissement, élus locaux et parlementaires.
Les décisions unilatérales et précipitées fragilisent la confiance et compromettent l’adhésion indispensable à toute transformation durable.
L’enseignement français à l’étranger n’est pas un simple poste budgétaire : c’est un investissement stratégique pour la France, pour nos compatriotes et pour notre influence dans le monde.
Réformer l’AEFE est nécessaire. Le faire correctement, avec méthode, justice et ambition, est désormais une responsabilité politique collective.
C’est à cette condition que ce réseau pourra non seulement être préservé, mais renforcé pour les décennies à venir.