Près de trois millions de nos compatriotes vivent aujourd’hui hors de France. Le rapport annuel du Gouvernement sur la situation des Français établis à l’étranger vient d’être publié. Administration consulaire, sécurité, action sociale, enseignement français, démarches en ligne : il dresse le bilan de l’action conduite en 2025 et met en évidence la transformation de nos services publics à l’étranger. Des progrès concrets ont été accomplis pour simplifier votre quotidien, même si plusieurs défis demeurent.
Près de trois millions de Français dans le monde
Vivre à l’étranger est une réalité durable pour de nombreux Français. Au 31 décembre 2025, 1 784 975 Français étaient inscrits au Registre des Français établis hors de France, en progression de 1,7 % en un an. Mais l’inscription au registre étant facultative, le Gouvernement estime qu'environ 3 millions de Français vivent en réalité hors de nos frontières.
Cette communauté est aussi diverse par ses parcours que par sa géographie. Près d’un tiers des Français établis hors de France sont binationaux, illustration de ces vies construites entre plusieurs pays, plusieurs cultures et parfois plusieurs langues.
L’Asie-Océanie représente à elle seule 7,6 % de la communauté française établie à l’étranger, une réalité que je connais tout particulièrement pour vivre depuis plus de vingt ans en Asie.
Derrière ces chiffres se trouvent des situations extrêmement diverses. Certains vivent à quelques kilomètres de la frontière française, d’autres à plusieurs milliers, comme nombre d’entre vous dans notre circonscription. Certains sont installés depuis quelques mois, beaucoup depuis plusieurs années ou plusieurs décennies.
Cette diversité, je la connais bien. Elle doit nous conduire à adapter en permanence notre action publique.Car être Français à l’étranger ne doit jamais signifier être éloigné de ses droits ou des services de son pays. Naturellement, vivre hors du territoire national implique des réalités différentes et toutes les politiques publiques conduites en France ne peuvent être transposées à l’identique. Notre responsabilité est en revanche de garantir, partout où cela est possible, un accès simple et efficace aux services de l’État et de maintenir ce lien essentiel entre la France et ses compatriotes établis à l’étranger.
Des démarches plus simples et plus accessibles
C’est probablement l’un des points les plus encourageants de ce rapport : la modernisation de notre administration consulaire produit aujourd’hui des résultats très concrets.
Dès 2018, j’avais proposé la création d’un centre d’appels capable de répondre plus simplement aux questions des Français de l’étranger. Cette idée a depuis fait son chemin : le déploiement mondial de France Consulaire a été achevé le 9 décembre 2025, avec un an d’avance sur le calendrier initial. Ce service permet désormais aux Français de 198 pays d’obtenir par téléphone des réponses aux questions générales concernant leurs démarches administratives. Depuis son lancement, France Consulaire a reçu près de 1,4 million d’appels.
Le renouvellement des passeports à distance constitue une autre avancée importante. L’expérimentation menée au Canada et au Portugal a été prolongée et étendue à l’Australie et à l’Espagne. Elle permet, sous certaines conditions, de renouveler son passeport sans avoir à se déplacer au consulat. Je souhaite que cette possibilité puisse progressivement être proposée partout où les conditions techniques et de sécurité le permettent. Pour celles et ceux qui habitent parfois à plusieurs centaines de kilomètres d’un poste consulaire, ce n’est pas une évolution anecdotique : ce sont des heures de transport, des journées de congé et des dépenses évitées.
La transformation numérique se poursuit également avec la généralisation des procurations électorales entièrement dématérialisées pour les personnes disposant d’une identité numérique certifiée, ainsi qu’avec la poursuite de la dématérialisation de l’état civil.
L’identité numérique certifiée représente à cet égard une avancée particulièrement utile pour nous, Français de l’étranger. Elle ouvre progressivement l’accès à des démarches qui nécessitaient jusqu’ici une présence physique. Lorsque vous en avez la possibilité, je ne peux donc que vous encourager à faire certifier votre identité numérique.
Toutes ces évolutions répondent à une demande que vous êtes nombreux à exprimer depuis des années : rapprocher le service public de l’usager. Et les résultats sont là : en 2025, le taux de satisfaction déclaré par les usagers des services consulaires atteint 96 %.
Protéger les Français, partout dans le monde
Notre réseau consulaire ne se résume évidemment pas aux démarches administratives. Sa mission est aussi de protéger et d’accompagner nos compatriotes lorsqu’ils traversent une situation difficile.
En 2025, les services compétents ont ainsi suivi plus de 1 200 situations familiales ou personnelles particulièrement sensibles : déplacements illicites d’enfants, mineurs en danger, violences conjugales ou intrafamiliales, difficultés liées aux droits de visite ou situations de grande vulnérabilité.
Dans un monde marqué par la multiplication des crises, la capacité de l’État à protéger ses ressortissants est plus que jamais essentielle. L’année 2025 a malheureusement été marquée par de nombreuses crises internationales, et 2026 nous rappelle combien cette vigilance demeure nécessaire.
Ces situations peuvent nécessiter la mobilisation rapide de nos ambassades et consulats et du Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Lorsque la situation l’exige et que les conditions le permettent, cela peut aller jusqu’à l’organisation d’évacuations.
Lors des affrontements entre Israël et l’Iran en 2025, par exemple, un dispositif maritime entre Tel-Aviv et Larnaca a permis l’évacuation de près de 400 ressortissants français, complété par des vols spécialement affrétés. C’est aussi cela, la présence de la France : pouvoir compter sur son pays lorsque survient l’imprévisible.
Enseigner en français, transmettre et promouvoir nos valeurs
Ce rapport accorde naturellement une place importante à l’enseignement français à l’étranger, auquel je suis particulièrement attachée. Notre réseau constitue une singularité et une force considérables pour notre pays. Il permet aux enfants français vivant à l’étranger de poursuivre leur scolarité dans notre système éducatif, tout en accueillant très majoritairement des élèves étrangers.
À la rentrée 2025, plus de 400 000 élèves étaient scolarisés dans les 612 établissements homologués recensés par le rapport. Environ 30 % étaient français et 70 % d’une autre nationalité. C’est dire combien ce réseau remplit une double mission : garantir une continuité éducative à nos compatriotes et contribuer au rayonnement de la langue, de la culture et du modèle français. Il faut également préserver son accessibilité. En 2025, 18 578 élèves français ont bénéficié d’une bourse scolaire, tandis que des moyens spécifiques ont continué d’être consacrés à l’accompagnement des élèves en situation de handicap. L’enseignement français à l’étranger doit aujourd’hui évoluer pour assurer sa pérennité. J'ai d'ailleurs rencontré le nouveau Directeur général de l'AEFE fin juillet pour un échange de vues et également aborder la situation de plusieurs établissements de notre circonscription qui dans ce contexte ont besoin d'un accompagnement spécifique.
La réforme engagée de l’AEFE devra répondre à cet enjeu : consolider un réseau exceptionnel, assurer la soutenabilité de son modèle et préserver son accessibilité pour les familles.
Continuer à rapprocher la France des Français de l’étranger
Ce rapport montre le chemin parcouru. Il montre aussi celui qui reste devant nous.
Nous devons également regarder avec lucidité la situation de nos finances publiques. Les efforts nécessaires pour rétablir nos comptes auront inévitablement des conséquences sur les moyens disponibles et nous obligent, plus que jamais, à nous interroger sur l’efficacité et le ciblage de chaque dispositif.
Parmi les chantiers sur lesquels j'ai interpellé le Gouvernement, il y a celui des aides sociales à destination des Français de l’étranger les plus fragiles. Dans un contexte où nos finances publiques sont contraintes, nous devons nous assurer que chaque euro mobilisé permette d’accompagner réellement celles et ceux qui en ont le plus besoin.
Aujourd’hui, nous disposons de plusieurs dispositifs de soutien y compris des bourses scolaires, mais la dispersion des moyens peuvent parfois en limiter la portée.
Je souhaite que nous passions d’une logique de répartition des aides à une véritable logique d’accompagnement des situations de fragilité. Cela suppose de mieux identifier les besoins, de rendre les critères d’attribution plus lisibles et, lorsque cela est nécessaire, de concentrer davantage nos moyens sur les situations qui exigent une véritable intervention de solidarité.
Mieux cibler ne signifie pas moins protéger. Au contraire : c’est nous donner les moyens de protéger davantage celles et ceux qui en ont réellement besoin.
Cette même exigence doit guider plus largement la transformation de notre action publique à l’étranger : simplifier davantage, dématérialiser lorsque cela facilite réellement la vie, concentrer nos moyens sur les services essentiels et maintenir une présence humaine lorsque les situations l’exigent.
Française de l’étranger depuis plus de vingt ans en Asie, je connais les contraintes particulières que représente la vie loin de la France. Et je mesure combien vos attentes ont évolué.
Vous attendez légitimement de pouvoir accomplir davantage de démarches sans parcourir des centaines de kilomètres, d’obtenir plus rapidement une réponse, de pouvoir compter sur la France dans les moments difficiles et de conserver un lien simple avec votre pays.
Beaucoup a été fait. Beaucoup reste à faire.
Je continuerai donc, à l’Assemblée nationale, à porter une exigence simple : où que vous viviez, la France doit rester proche de vous.