La situation financière de notre pays est sérieuse. Elle exige de la lucidité, de la constance et du courage. Elle mérite mieux que les procès à sens unique, les promesses sans financement et les indignations sélectives. Depuis 2017, j’appartiens à une majorité qui a gouverné. Je ne vais donc ni me dérober ni prétendre que tout a été bien fait. Mais je refuse de laisser réécrire l’histoire par ceux qui ont combattu les économies, promis toujours davantage de dépenses et renversé un gouvernement qui voulait engager le redressement.Je veux donc dire clairement trois choses.
La dette française n’est pas née en 2017
À entendre certains responsables politiques, Emmanuel Macron aurait découvert une France aux comptes équilibrés avant de la précipiter seul dans l’endettement. C’est faux. La comparaison historique publiée par Les Échos rappelle que l’accumulation de dette traverse les présidences. Les données de l’Insee sont éclairantes : fin 2016, avant l’élection d’Emmanuel Macron, notre dette publique représentait déjà près de 100 % de notre richesse nationale. La France vivait depuis longtemps au-dessus de ses moyens.

Cela n’exonère personne. Sous Emmanuel Macron, la dette a encore augmenté, et nous n’avons pas suffisamment maîtrisé nos dépenses. Les crises n’expliquent pas tout. La sortie des dispositifs exceptionnels aurait dû être plus rapide et la transformation de l’action publique plus profonde.
Mais les crises ont bien existé. Face au Covid, fallait-il laisser fermer nos entreprises et disparaître des millions d’emplois ? Face à l’explosion des prix de l’énergie, fallait-il abandonner les ménages et notre tissu économique ? Je continue de penser que l’État devait protéger. Ce choix avait un coût. L’inaction en aurait eu un aussi.
Je refuse également que l’on efface les résultats obtenus. Selon l’Insee, entre 2017 et 2025, le chômage est passé de 9,4 % à 7,7 %. Entre fin 2019 et fin 2024, notre économie a créé 1,7 million d’emplois supplémentaires. L’apprentissage a changé d’échelle, ouvrant à de nombreux jeunes une voie vers la qualification et l’emploi. Les réformes et les soutiens engagés ont contribué à ces bons résultats.
Ce bilan comprend aussi plus de 50 milliards d’euros de baisses pérennes d’impôts et de cotisations engagées entre 2017 et 2022, réparties entre les ménages et les entreprises. Suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales, baisse de l’impôt sur le revenu, réduction de l’impôt sur les sociétés et des impôts de production : ces décisions ont soutenu le pouvoir d’achat, l’investissement et la compétitivité. Je les ai soutenues et j’en défends l’ambition.
Mais nous devons aussi reconnaître notre insuffisance : nous n’avons pas suffisamment financé ces baisses de prélèvements par des économies durables. Notre politique de l’offre devait s’accompagner d’une transformation plus profonde de l’État et d’une meilleure maîtrise des dépenses publiques. Nous avons trop attendu des recettes que produiraient la croissance et les créations d’emplois. Ces résultats ont été réels, mais ils ne pouvaient pas, à eux seuls, rétablir nos comptes. Assumer cette erreur, c’est aujourd’hui défendre une ligne cohérente : préserver les acquis pour le travail et la compétitivité, tout en conduisant les réformes nécessaires pour les financer durablement.
Le RN et la gauche ne peuvent pas donner des leçons de responsabilité budgétaire
Les oppositions ont le droit de critiquer notre bilan. Elles doivent alors accepter que l’on examine leurs propositions. En 2022, différents experts estimaient que le programme de Marine Le Pen aurait accru le déficit public d’environ 102 milliards d’euros par an ; celui de Jean-Luc Mélenchon, d’environ 219 milliards avant les effets attendus sur l’activité. Ce sont des estimations, discutables comme tout chiffrage de programme. Elles révèlent néanmoins l’ampleur du décalage entre les promesses et leurs financements.
En 2024, même fuite en avant : les programmes du RN et du Nouveau Front populaire auraient creusé le déficit de respectivement 71 et 179 milliards d’euros supplémentaires par an. Toujours davantage de dépenses, des baisses d’impôts pour les uns, une avalanche de prélèvements pour les autres, et des recettes supposées combler tous les écarts.
À l’approche de 2027, le RN voudrait désormais incarner la rigueur. Marine Le Pen promet 140 milliards d’euros nets d’économies à l’horizon 2032. Qu’elle commence par expliquer précisément les mesures y compris ce qu'elle souhaite faire pour financer notre système de retraites, leur calendrier et leurs conséquences ! Les économies sur la fraude ne se décrètent pas ; notre contribution européenne ne se renégocie pas tout seul ; et les mêmes milliards ne peuvent pas financer simultanément des baisses d’impôts, de nouvelles dépenses et la réduction du déficit. Une promesse spectaculaire ne constitue pas une trajectoire crédible.
Les Français de l’étranger connaissent aussi cette facilité consistant à chercher des contribuables supplémentaires plutôt qu’à réformer. L’impôt universel fondé sur la nationalité, porté par LFI et soutenu par des députés du RN lors des débats budgétaires, en est une illustration concrète. Derrière le discours sur les exilés fiscaux, on entretient la suspicion envers des Français qui travaillent, élèvent leurs enfants ou prennent leur retraite à l’étranger. Je combats cette logique. Notre passeport ne doit pas devenir une présomption de fraude.
Surtout, on ne peut pas prétendre sauver notre modèle social en refusant d’en adapter le financement. C’est particulièrement vrai des retraites. Le projet de système universel présenté en 2019, interrompu pendant la crise sanitaire puis abandonné, ambitionnait de rendre les règles plus équitables. Le chantier financier associé devait répondre à un besoin alors évalué autour de 12 milliards d’euros à l’horizon 2027. Ce montant représentait un déséquilibre auquel il fallait apporter une réponse, et non une économie déjà acquise. La réforme de 2023 apportait, elle, une amélioration estimée par la Cour des comptes à environ 10 milliards d’euros à l’horizon 2030 pour le seul système de retraites. Sa montée en charge a depuis été suspendue jusqu’en 2028. Suspendre une réforme ne fait pourtant disparaître ni le vieillissement de la population ni la nécessité de financer les pensions. On peut discuter les modalités d’une réforme. On ne peut pas supprimer ses recettes et ses économies sans expliquer par quoi on les remplace. Sur ce point, LFI et le RN partagent la même impasse : promettre la protection tout en refusant les décisions qui permettent de la financer. Le « y’a qu’à, faut qu’on » ne financera jamais les retraites des Français.
Mes responsabilités, je les assume
J’ai soutenu les budgets et les compromis nécessaires pour que la France puisse continuer à fonctionner. Je n’ai jamais considéré qu’un budget imparfait justifiait de précipiter le pays dans l’incertitude. Assurer le financement de nos services publics et honorer nos engagements sont des responsabilités élémentaires. Ce soutien ne signifie pas que j’approuve chaque dépense ou chaque arbitrage. Il signifie que je prends ma part des décisions, y compris lorsqu’elles sont difficiles à défendre.
J’ai soutenu les réformes des retraites et les efforts de maîtrise budgétaire. Je continuerai à défendre les économies qui rendent notre protection sociale durable et notre action publique plus efficace. J’ai aussi travaillé à une fiscalité plus juste et plus lisible pour les Français de l’étranger. Simplifier doit avoir un sens concret : permettre de comprendre son impôt et éviter les hausses injustifiées. Lorsque la réforme de la retenue à la source menaçait d’alourdir fortement l’imposition de certains non-résidents, notamment modestes, j’ai participé au travail de correction.
Depuis 2017, je défends également, par des amendements renouvelés au fil des budgets, la suppression de la CSG et de la CRDS sur les revenus du patrimoine des non-résidents qui ne relèvent pas de notre protection sociale, sans discrimination selon leur pays d’installation. Et je me suis opposée aux tentatives d’instaurer un impôt sur la nationalité. La responsabilité budgétaire ne dispense jamais de la justice fiscale.
Enfin, j’ai accepté de participer au gouvernement de Michel Barnier dans un contexte politique particulièrement difficile. Sa mission était claire : reprendre le contrôle de nos comptes et réduire les déficits. J’ai choisi de m’exposer et de prendre ma part de cet effort. Nous avons présenté un ajustement budgétaire de 60 milliards d’euros par rapport à la trajectoire attendue : environ 40 milliards de maîtrise des dépenses et 20 milliards de recettes supplémentaires. L’effort demandé concernait aussi les grandes entreprises et les contribuables les plus aisés, avec des contributions exceptionnelles. Nous assumions que le redressement devait être partagé. Ce plan n’a pas pu être conduit à son terme. Le 4 décembre 2024, les députés du RN ont joint leurs voix à celles de la gauche pour censurer notre gouvernement. Ils se sont accordés pour nous renverser sans s’accorder sur un budget de remplacement. Cette convergence dans le refus engage aussi leur responsabilité. Michel Barnier l’a rappelé récemment à Sébastien Lecornu : le compromis ne doit pas conduire à renoncer au redressement. Je partage cette exigence. La recherche d’un accord est indispensable ; elle doit conserver un cap.
Pour 2027, un budget et du courage
La France a besoin d’un budget pour 2027. Elle a besoin que ses responsables politiques trouvent des accords, financent leurs propositions et assument leurs décisions. Mais nous ne sortirons pas durablement de cette situation par une succession de prélèvements supplémentaires ou de gels de crédits. Il faut commencer par réformer l’État lui-même. Clarifier qui fait quoi. Supprimer les structures qui doublonnent. Évaluer les dispositifs et arrêter ceux qui ne fonctionnent pas. Simplifier les procédures qui mobilisent des agents sans améliorer le service rendu. Donner davantage de moyens d’agir à ceux qui sont au contact des Français, et leur demander des résultats. Les enseignants, les soignants, les policiers comme les contribuables ont intérêt à cette transformation. Chacun doit pouvoir voir où va l’argent public et ce qu’il permet réellement d’accomplir.
Je ne prétends pas avoir tout réussi. Je revendique d’avoir pris mes responsabilités et de continuer à les prendre. L’avenir appartiendra à ceux qui auront le courage de dire quels efforts sont nécessaires, comment les répartir et quelles réformes ils sont prêts à conduire. C’est ainsi que nous préserverons notre modèle social et que nous rendrons à la France sa liberté de choisir.