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Ukraine : le vrai coût de notre soutien !

La France peut-elle encore soutenir l’Ukraine ? Le Rassemblement national voudrait nous convaincre que nous n’en avons plus les moyens. Cette soudaine rigueur budgétaire ne doit pas faire oublier ses anciennes complaisances envers le pouvoir russe. Mais les Français méritent mieux qu’une bataille de slogans : ils ont droit à la vérité sur les dépenses engagées, leur utilité et les conséquences d’un désengagement. Car une politique responsable doit aussi mesurer ce qu’une défaite ukrainienne ferait peser sur notre sécurité.

Des chiffres à expliquer, pas à instrumentaliser

Notre soutien à l’Ukraine représente un effort réel. Chaque euro doit être contrôlé et son utilisation justifiée. Mais additionner des matériels, des prêts et des engagements européens pour présenter le tout comme un chèque immédiatement versé par la France entretient la confusion.Dans un rapport publié en avril 2026, le Sénat reprend une évaluation du ministère des Armées d’environ 6,5 milliards d’euros de soutien brut depuis 2022. 

Ce montant rassemble des équipements cédés, des frais de transport et de formation ainsi que des engagements européens courant, pour certains, jusqu’en 2027. Le Sénat précise qu’une partie des matériels devait déjà être renouvelée et mentionne près d’un milliard d’euros de remboursements européens attendus sur 2023-2027, dont environ 600 millions déjà sécurisés. La valeur du soutien fourni ne correspond donc pas intégralement à une dépense supplémentaire pour nos finances publiques.

Personne ne peut promettre de récupérer demain l’intégralité de ces milliards pour financer nos hôpitaux, nos écoles ou nos retraites. Présenter les choses ainsi, c’est vendre une économie fictive.

Le RN entretient une relation particulière avec la Russie et, plus précisément, avec le régime de Vladimir Poutine : proximité idéologique, soutiens réciproques, prêt contracté en 2014 auprès d’une banque russe, refus systématique de défendre les sanctions contre la Russie au Parlement européen et absence de soutien réel à l’Ukraine. Remettre en cause notre soutien constituerait une véritable trahison de nos engagements, vécue comme telle par nos partenaires européens. Au moins cette perspective clarifie-t-elle la position du RN sur ce conflit : derrière l’argument budgétaire se dessine un choix politique, celui du renoncement face à Moscou.

Soutenir l’Ukraine, c’est défendre notre propre sécurité

Mon engagement sur ce sujet est constant. L’Ukraine se situe dans notre circonscription et je m’y suis rendue à de nombreuses reprises depuis le début de l’invasion. En février dernier, j’étais à Kyiv au lendemain de frappes russes massives contre les infrastructures énergétiques. À l’Assemblée nationale, j’ai défendu des moyens pour l’aide militaire et contribué au travail sur notre programmation de défense. Cette expérience nourrit une conviction : le sort de l’Ukraine engage directement la sécurité de la France.

La résistance ukrainienne mobilise une part considérable des moyens militaires russes. Elle donne aux Européens du temps pour renforcer leurs capacités. Une défaite pourrait permettre à Moscou, après une période de reconstitution, de redéployer des forces et d’accroître ses pressions sur d’autres frontières européennes.

Ce danger n’est pas une invention destinée à justifier une dépense. La Revue nationale stratégique de 2025 identifie, d’ici 2030, le risque d’une guerre ouverte au cœur de l’Europe comme la principale menace pour la France et ses partenaires. Tous les services de renseignement européens alertent également sur cette possibilité. La Revue envisage un engagement majeur de nos armées accompagné d’une intensification des attaques hybrides contre notre territoire et nos intérêts. Il s’agit d’un risque auquel nous devons nous préparer, pas de l’annonce d’une guerre inévitable.

Face à cette réalité, ceux qui proposent d’affaiblir notre soutien doivent répondre : quels moyens supplémentaires faudrait-il mobiliser si l’Ukraine ne pouvait plus contenir l’armée russe ? Combien coûteraient davantage de forces déployées, de capacités à reconstruire et d’infrastructures à protéger ?Aucun chiffre sérieux ne permet d’établir cette facture à l’avance. Mais l’absence de montant certain ne fait pas disparaître le risque. La sécurité des Français ne peut pas dépendre du pari que Vladimir Poutine s’arrêtera de lui-même.

L’intérêt national mérite mieux que des économies de courte vue

Je connais les contraintes de nos finances publiques. Elles exigent des choix, des réformes et de la rigueur. Elles exigent aussi de préserver les dépenses qui protègent notre avenir. C’est le sens de mon engagement pour le renforcement de nos armées, de notre industrie de défense et du pilier européen de l’Alliance atlantique.

J’ai défendu ces orientations dans les travaux sur la loi de programmation militaire : la France doit conserver sa liberté de décision et donner à ses engagements des moyens crédibles. Une partie de l’aide à l’Ukraine contribue d’ailleurs à notre appareil productif. Le fonds Ukraine, doté de 400 millions d’euros sur 2023-2024, a notamment financé des équipements et des prestations auprès des entreprises françaises de défense. Ces commandes demeurent une dépense publique, mais elles soutiennent également nos capacités industrielles.

Notre objectif doit rester une paix durable. Une paix qui garantisse la souveraineté de l’Ukraine et la sécurité des Européens. Une paix dont les conditions ne soient pas dictées par l’agresseur à une victime privée des moyens de se défendre. Cela suppose de poursuivre notre soutien, de mieux partager l’effort entre Européens et de contrôler son efficacité. Cela suppose aussi de refuser que l’avenir de l’Ukraine et la sécurité de l’Europe se négocient sans les premiers concernés.

Le RN invoque l’intérêt national pour justifier le désengagement. Je défends une tout autre conception de l’intérêt national : anticiper les menaces, tenir nos engagements et empêcher qu’un rapport de force plus défavorable nous impose demain des sacrifices plus lourds.

Notre soutien à l’Ukraine a un coût. Laisser Poutine imposer sa loi nous exposerait à un prix bien plus élevé. Je refuse que les Français découvrent demain les conséquences d’un renoncement présenté aujourd’hui comme une économie. C’est pourquoi je continuerai à défendre un soutien durable, maîtrisé et résolu à l’Ukraine : pour sa liberté, pour notre sécurité et pour une paix qui tienne.