La baisse durable du nombre d’élèves va profondément transformer la carte scolaire française au cours des prochaines années. Fermetures ou maintien de classes, organisation du réseau scolaire, égalité d’accès à l’École entre territoires : face à ces enjeux, l’Assemblée nationale a créé une mission d’information sur « le maillage scolaire à l’épreuve du défi démographique ». Présidée par le député David Habib (LIOT) et conduite par son rapporteur Loïc Kervran (Horizons), elle m’a désignée parmi ses vice-présidents. Une responsabilité qui me permettra de poursuivre un travail déjà engagé : anticiper ces transformations pour adapter notre École sans abandonner aucun territoire.
Un bouleversement démographique qui doit être mieux anticipé et accompagné
La France connaît une transformation démographique profonde. Elle est déjà visible dans nos écoles et va progressivement gagner nos collèges puis nos lycées.Les dernières projections de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) permettent d’en mesurer l’ampleur : si les tendances actuelles se poursuivent, notre système scolaire pourrait compter près de 1,7 million d’élèves de moins en 2035, soit une baisse de plus de 14 % en dix ans.
Mais cette évolution ne sera ni uniforme ni simultanée. Certains territoires seront beaucoup plus fortement concernés que d’autres. Les réalités d’une métropole en croissance, d’une ville moyenne, d’un territoire périurbain ou d’une commune rurale ne sont évidemment pas les mêmes.Cette nouvelle donne démographique nous oblige donc à regarder plus loin que la prochaine rentrée scolaire. Elle pose une question essentielle : quelle École voulons-nous demain dans des territoires qui ne connaîtront ni les mêmes évolutions de population, ni les mêmes besoins ?
Une évolution démographique qui se prévoit ne doit pas être une évolution que l’on subit. C’est précisément le sens des travaux engagés par l’Assemblée nationale.
Une réflexion que j’ai déjà engagée
Cette question s’inscrit dans la continuité de mon engagement pour l’École. En juin dernier, j’avais souhaité consacrer le troisième colloque du SURSAUT au choc démographique et à ses conséquences pour notre système scolaire. Élus locaux, chercheurs et acteurs de terrain avaient alors confronté leurs expériences autour d’une même interrogation : comment anticiper ces transformations plutôt que les subir ?
Ces échanges ont conforté ma conviction : la démographie scolaire ne peut jamais être regardée comme une simple affaire de chiffres. Derrière une classe, il y a des élèves et des enseignants, mais aussi des familles, un quartier, un village, un bassin de vie. Dans certains territoires, notamment ruraux, l’école participe directement à leur attractivité et à leur vitalité. Une décision qui paraît rationnelle dans un tableau d’effectifs peut avoir des conséquences très différentes selon la géographie d’un territoire, les distances à parcourir, les transports disponibles, l’évolution de sa population ou la présence d’autres services publics.Ma désignation parmi les vice-présidents de cette mission me permet aujourd’hui de prolonger cette réflexion dans le cadre parlementaire, en écoutant les acteurs concernés, en confrontant les expériences et en contribuant aux propositions qui découleront de nos travaux.
Passer d’une carte scolaire subie à une carte scolaire anticipée
Notre objectif ne peut évidemment pas être de figer la carte scolaire alors que le nombre d’élèves évolue. Mais il ne peut pas davantage être de fermer mécaniquement des classes ou de réduire les moyens à mesure que les effectifs diminuent.Adapter n’est pas abandonner.
Pendant trop longtemps, les évolutions de la carte scolaire ont pu être vécues comme brutales parce qu’elles étaient annoncées dans un calendrier trop court. Une fermeture de classe ne se résume pourtant jamais à une ligne dans un tableau : elle modifie l’organisation d’une école, les conditions de travail de ses personnels, le quotidien des familles et parfois l’équilibre de toute une commune.
Nous devons donc profiter de cette période pour changer de méthode et donner davantage de visibilité aux territoires.Les projections démographiques permettent de regarder plusieurs années devant nous. Utilisons-les pour construire, avec les élus locaux et les communautés éducatives, une vision davantage pluriannuelle du réseau scolaire.
Cela suppose de mieux partager les données, d’anticiper les évolutions d’effectifs et de renforcer la concertation. Cela suppose surtout de prendre en compte les spécificités de chaque territoire : distances et temps de transport, géographie, évolution de l’habitat, perspectives démographiques, présence des autres services publics ou besoins particuliers des élèves.
L’égalité devant l’École ne signifie pas que son organisation doive être strictement identique partout. Elle signifie que chaque enfant doit pouvoir accéder, où qu’il vive, à une École de qualité.
Faire de la démographie une opportunité pour l’École
Nous devons enfin refuser de regarder la baisse du nombre d’élèves uniquement comme une contrainte.Elle peut aussi constituer une opportunité pour améliorer notre École. À la rentrée 2025, la taille moyenne des classes du premier degré public a diminué pour la neuvième année consécutive. La baisse démographique contribue désormais à cette évolution, dans les territoires ruraux comme urbains.
Cette nouvelle donne doit donc nous conduire à poser les bonnes questions : comment mieux accompagner les élèves qui rencontrent des difficultés ? Comment améliorer les conditions d’apprentissage ? Comment conforter l’attractivité de certaines écoles ? Comment mieux répondre aux besoins particuliers de chaque territoire ?
Il ne s’agit pas de prétendre que chaque classe ou chaque poste pourra être maintenu indépendamment des évolutions d’effectifs. Ce serait nier la réalité démographique comme les contraintes qui pèsent sur nos finances publiques.
Mais il serait tout aussi réducteur de considérer la baisse du nombre d’élèves comme une simple variable d’ajustement budgétaire .C’est tout l’enjeu de notre travail parlementaire : ne pas laisser la démographie décider seule de l’avenir de notre réseau scolaire, mais déterminer collectivement comment nous voulons faire évoluer l’École au cours des prochaines années.
Dans cette mission, je défendrai une méthode claire : anticiper plutôt que subir, concerter plutôt qu’imposer, adapter plutôt qu’abandonner. Parce qu’au bout du compte, notre boussole doit rester la même : garantir à chaque enfant, quel que soit son lieu de vie, l’accès à une École exigeante, accessible et pleinement présente dans son territoire.