La guerre qui a éclaté le 28 février dernier au Moyen-Orient nous concerne tous et certains d’entre vous de manière directe et immédiate. Je pense en premier lieu à nos compatriotes présents en Iran. C'est une épreuve terrible et je suis en contact permanent avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ainsi qu’avec le Centre de crise pour suivre la situation.
Pour toute urgence : ir.ambafrance.org / Centre de crise : +33 1 43 17 51 00 / @FranceenIran.
Une crise longue, devenue incontrôlable
La guerre actuelle n’est pas née d’un jour. Elle est le produit d’une séquence stratégique qui, depuis 2018, a progressivement désagrégé tous les mécanismes de régulation. Le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien a ouvert une période d’instabilité durable. La stratégie de « pression maximale », relancée ensuite, visait à contraindre le régime iranien. Elle a en réalité contribué à durcir ses positions, à accélérer son programme nucléaire et à fragmenter un peu plus l’ordre régional. À mesure que le cadre diplomatique s’effaçait, les logiques de confrontation ont pris le dessus.
À l’été 2025, les signaux d’alerte deviennent critiques. L’Agence internationale de l’énergie atomique constate l’accumulation de stocks d’uranium enrichi à un niveau proche du seuil militaire, tout en admettant ne plus disposer d’une visibilité complète sur le programme iranien. La frappe américaine du 22 juin 2025 sur les sites nucléaires marque alors une rupture : la dissuasion laisse place à l’action directe.
Dans le même temps, l’Iran s’enfonce dans une crise intérieure majeure. L’effondrement économique alimente une contestation sociale d’une ampleur inédite depuis 1979. À partir de l’hiver 2025, les manifestations ne se limitent plus à des revendications économiques : elles deviennent un rejet politique du régime. La répression, extrêmement violente, fait des milliers de morts. Lorsque la guerre éclate fin février 2026, le pays est déjà fragilisé, instable, sous tension. C’est cette combinaison, crise externe et implosion interne, qui rend l’embrasement inévitable.
Le 28 février 2026 marque une rupture stratégique brutale. Les États-Unis et Israël frappent l’Iran sans concertation avec leurs alliés européens, assumant un passage à l’acte qui change immédiatement la nature du conflit. Les frappes visent des centres névralgiques du régime et entraînent l’élimination du guide suprême. En quelques heures, l’équilibre régional bascule. La riposte iranienne s’étend au Golfe, les tensions se propagent, le détroit d’Ormuz est perturbé et un nouveau front s’ouvre au Liban. Ce qui relevait encore de la crise devient une guerre régionale.
Dans ce contexte, la France se trouve confrontée à une réalité qu’elle n’a pas choisie. Elle n’a pas été informée, elle n’a pas participé aux frappes, mais elle ne peut rester en dehors des conséquences. Très rapidement, la situation sécuritaire se dégrade pour ses intérêts et ses ressortissants. Le 17 mars, un soldat français est tué en Irak lors d’une attaque de drone menée par une milice pro-iranienne. Ce drame rappelle une vérité simple : dans un conflit de cette nature, nul n’est totalement à l’écart. J'ai évidemment une pensée émue pour notre compatriote mort au service de la France, sa famille et ses proches.
La France est donc entraînée dans cette guerre, non par décision, mais par responsabilité. Elle doit protéger ses citoyens, sécuriser ses implantations et assumer ses engagements régionaux, tout en évitant de céder à l’engrenage d’une escalade sans horizon.
Face à cette crise, la France a fait le choix d’une ligne exigeante, souvent étroite, mais stratégiquement cohérente. Elle repose sur un double refus : celui de la naïveté face à la nature du régime iranien, et celui de l’alignement automatique sur des actions militaires menées en dehors du cadre international. Dès avant le conflit ouvert, la France avait pris ses responsabilités en activant, avec ses partenaires européens, le mécanisme de rétablissement des sanctions. Elle avait anticipé le risque de prolifération et cherché à maintenir une pression dans un cadre légal. Cette constance lui donne aujourd’hui une légitimité particulière. Depuis le 28 février, elle assume une position claire. Elle condamne les méthodes employées lorsqu’elles s’affranchissent du droit international, tout en reconnaissant les menaces réelles que fait peser l’Iran sur la stabilité régionale. Elle agit concrètement pour protéger ses ressortissants et ses intérêts, tout en veillant à ne pas élargir le conflit. Surtout, la France prépare l’après. Dans un contexte où certains privilégient la logique de capitulation ou de destruction, elle défend une sortie de crise qui ne soit ni une humiliation durable ni le point de départ de nouveaux affrontements.
Car l’histoire récente le montre : les guerres mal terminées préparent toujours les suivantes.
C’est cette capacité à tenir ensemble le temps court et le temps long, la protection immédiate et la vision stratégique, qui fonde aujourd’hui la singularité de la position française. Une puissance responsable n’est pas celle qui suit ou qui s’efface. C’est celle qui garde une ligne, même dans le tumulte.
C’est cette ligne que je continuerai de défendre, avec constance et détermination, à l’Assemblée nationale et auprès du gouvernement.