Cette année encore, j’ai eu l’honneur de participer au Kyiv Security Forum 2026, rendez-vous majeur de réflexion stratégique au cœur d’une Europe en première ligne face aux bouleversements du monde. Dans un contexte marqué par l’escalade au Moyen-Orient, après l’offensive menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les équilibres régionaux et internationaux sont profondément reconfigurés. Ce qui apparaissait encore récemment comme une succession de crises distinctes s’impose désormais comme une transformation systémique de l’ordre mondial.
Lors du panel “The World on the Edge”, une question centrale s’est imposée : assistons-nous à l’affaiblissement des puissances autoritaires ou à l’entrée dans une nouvelle phase de confrontation entre grandes puissances ?
👉 Ma conviction est claire : nous sommes déjà dans un monde en bascule.
🎙 Mon intervention (traduction française)Permettez-moi de commencer par une clarification. Je ne suis pas ici en tant qu’analyste ou chercheuse. Je suis ici en tant que parlementaire française.
Et il y a une différence : les analystes décrivent le monde, les journalistes le commentent, mais les responsables politiques doivent agir. Nous prenons des décisions, souvent sous pression, sur la base d’une compréhension imparfaite mais nécessaire du réel.Et la réalité est la suivante : le monde n’est pas “au bord du basculement”, il est déjà en train de basculer. Ce que nous vivons n’est pas une succession de crises isolées.
C’est un choc stratégique en cascade, où plusieurs logiques de puissance entrent en collision. Pour comprendre ce moment, il faut comprendre les acteurs et surtout ce qu’ils veulent réellement. La Chine poursuit un objectif clair : devenir la première puissance mondiale. Chaque décision, en mer de Chine, à Taïwan, dans le commerce ou la technologie, s’inscrit dans cette ambition. La Russie et l’Iran ne cherchent pas tant à s’étendre qu’à survivre. Leur priorité est la préservation de leurs régimes, coûte que coûte. Les États-Unis, sous l’administration Trump, suivent une logique différente : une logique transactionnelle et personnelle, qui constitue aujourd’hui un facteur majeur d’instabilité. Et puis il y a l’Europe.Notre objectif n’est ni la domination, ni la survie d’un régime, ni l’enrichissement.
Notre objectif est de rester une référence mondiale de paix, de prospérité et de liberté. Mais ces objectifs ne sont pas compatibles.Et ils sont poursuivis simultanément.
La guerre au Moyen-Orient en est une illustration parfaite :
– pour l’Iran, c’est une question existentielle ;– pour la Russie, une opportunité stratégique ;
– pour les États-Unis, un levier politique ;
– pour la Chine, une occasion à exploiter ;
– pour l’Europe, un test de crédibilité. Pendant que nous hésitons parfois, d’autres avancent avec constance et stratégie.
Et ce moment révèle une réalité double : oui, l’axe autoritaire se fragilise mais dans le même temps, une nouvelle phase de confrontation entre grandes puissances s’ouvre. Face à cela, l’Europe doit changer de posture.
Nous devons :
– appliquer réellement les sanctions contre la Russie ;– nommer clairement les stratégies de la Chine ;
– accélérer notre autonomie stratégique en matière de défense.
Aujourd’hui, les Européens dépendent encore largement des États-Unis pour leurs équipements militaires : ce n’est pas soutenable. L’Ukraine nous montre ce qu’est la résilience, ce qu’est la défense de la souveraineté.
À nous d’en tirer toutes les conséquences. L’Europe ne peut plus seulement commenter le monde.Elle doit agir.
Car une règle est simple : le droit sans la puissance est une illusion.
La puissance au service du droit est la condition de la paix.C’est pourquoi j’appelle aujourd’hui à une nouvelle étape : la création d’une coalition parlementaire européenne structurée, associant affaires étrangères, défense et éducation. Parce que les défis sont coordonnés, notre réponse doit l’être aussi.
Vive nos démocraties.
Vive l’Europe.
Vive l’Ukraine.