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UE-Chine : négocier sans renoncer à défendre nos intérêts

Face au déséquilibre des échanges avec la Chine, l’Union européenne cherche à obtenir des concessions tout en renforçant sa capacité de riposte. J’ai eu l’occasion de m’exprimer sur ces enjeux lors des 2èmes Rencontres Défense et Sécurité économique, organisées le 13 octobre 2026 à la mairie de Vincennes autour du thème « Accélérer pour rester dans la course ». Les discussions entre Bruxelles et Pékin ont permis de premières avancées. Leur portée devra toutefois se mesurer à un objectif concret : préserver nos emplois, nos industries et notre liberté de décision.

Un déséquilibre commercial qui menace notre base industrielle

La relation commerciale entre l’Europe et la Chine atteint ses limites. Le déficit européen sur les échanges de biens représente désormais environ un milliard d’euros par jour. Derrière ce chiffre, des entreprises affrontent une concurrence alimentée par les surcapacités industrielles chinoises, les subventions publiques et les difficultés persistantes d’accès au marché chinois. L’automobile est en première ligne, mais la chimie, les machines et les équipements technologiques sont également concernés. Cette pression s’explique aussi par les fragilités du modèle chinois : une consommation intérieure atone et une crise immobilière persistante renforcent le rôle des exportations dans la croissance. Pour l’Europe, le risque est de voir disparaître des capacités de production, des compétences et des emplois qu’il sera ensuite difficile de reconstruire.

À Pékin, des avancées qui restent à concrétiser

Les négociations conduites les 8 et 9 octobre à Pékin par le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, ont débouché sur un compromis portant notamment sur les véhicules hybrides, les matières premières critiques et certains droits de douane. Les exportations chinoises de véhicules hybrides vers l’Union seraient encadrées par un quota annuel initial de 350 000 unités, appelé à augmenter de 6 % par an. Des engagements concernent également la facilitation des licences chinoises d’exportation de terres rares et d’aimants permanents, essentiels à de nombreuses industries européennes. Ces résultats ouvrent une perspective de désescalade, mais leur application sera décisive. Un accord sectoriel ne suffira pas à corriger un déséquilibre aussi profond. La prochaine réunion ministérielle, prévue en mars 2027, devra permettre de juger les progrès accomplis.

Donner à l’Europe les moyens de peser

La négociation sera d’autant plus efficace que l’Europe saura défendre collectivement ses intérêts. La France et l’Allemagne ont proposé de renforcer les pouvoirs de la Commission face aux distorsions commerciales graves et systématiques, jusqu’à pouvoir restreindre l’accès au marché européen. Cette orientation doit s’accompagner d’un effort industriel : diversifier nos approvisionnements, développer le recyclage des matières premières critiques, soutenir l’innovation et rendre plus attractif l’investissement productif en Europe. 

La réciprocité doit aussi guider nos relations : les entreprises européennes doivent pouvoir accéder au marché chinois dans des conditions équitables. Cette fermeté exige du discernement. Nos entreprises implantées en Chine, nos exportateurs et nos filières agricoles seraient eux aussi exposés à une escalade. C’est précisément pour protéger ces intérêts dans la durée que les Européens doivent rester unis et rendre leur réponse crédible.

La Chine restera un partenaire majeur de l’Union européenne. Il nous appartient de construire avec elle une relation plus équilibrée, fondée sur des engagements vérifiables et des règles effectivement respectées. Je défends une Europe capable de négocier avec constance et d’agir lorsque ses intérêts sont menacés. L’ouverture commerciale doit servir notre prospérité et renforcer notre autonomie.