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Marie Monmont, le vœu d’aider

Du chocolat pour les hôtels de luxe, fabriqué avec le concours de personnes éloignées de l’emploi. Des plantations de cacao au Brésil, des producteurs de miel rencontrés jusqu’en Iran, une vie entre la Nouvelle-Zélande et Singapour… Chez Marie Monmont, les chemins sont rarement ceux que l’on avait prévus. 

Élève moyenne, Marie quitte l’enseignement général à 14 ans pour prendre le chemin de la cuisine. L’école ne lui convient guère ; elle préfère apprendre en faisant. Dans son enfance rurale en France, auprès des religieux qui participent à son éducation, elle a découvert la nature, le jardinage, le travail manuel. Elle en a conservé une curiosité et une habitude : se demander pourquoi elle fait les choses. 

Ce sera donc un CAP de cuisine, puis les premières expériences professionnelles. Elle apprend la précision, l’exigence, le goût du travail bien fait. Le chocolat trouve sa place dans cet apprentissage. Et son métier lui ouvre bientôt les portes du monde : les cuisines de grandes maisons, le Ritz-Carlton à Los Angeles, puis l’Intercontinental en Nouvelle-Zélande. Le savoir-faire acquis en France voyage avec elle. 

La Nouvelle-Zélande devient un point d’ancrage. Marie y construit sa vie de famille et se lance à son compte. Pour commencer, elle puise 5 000 dollars dans ses économies. Il faut acheter les ingrédients, trouver les premiers clients, convaincre. L’activité se bâtit au fil des commandes et des rencontres. Très vite, une question s’impose : avec qui travailler ? 

Un documentaire français sur la réinsertion d’un détenu lui donne une idée. Elle se renseigne et obtient rapidement un rendez-vous auprès des autorités néo-zélandaises. De ces démarches naît un projet qui associe le chocolat au travail des détenus. L’expérience la conduira notamment à la prison de Rimutaka. Wildness, son entreprise, fournira des établissements haut de gamme en associant des prisonniers à son activité. 

Marie raconte cette période sans en gommer les difficultés. Entrer dans une prison, travailler avec des personnes condamnées pour des faits très graves, trouver la bonne distance : rien de tout cela ne va de soi. Certaines collaborations s’arrêtent, d’autres se construisent. Elle y découvre des histoires humaines qui bousculent ses certitudes. Le travail offre un cadre, une responsabilité, la possibilité de contribuer à une production dont quelqu’un, dehors, appréciera la qualité. 

Son engagement se poursuit ensuite auprès de personnes en situation de handicap, avec l’appui d’une structure associative. Ce qui compte pour elle, c’est que chacun puisse trouver sa place dans une activité qui tient économiquement. Il faut des clients, des produits de qualité et des comptes qui permettent de continuer. 

Cette exigence l’accompagne jusqu’au Brésil, où elle acquiert une ferme de cacao. Être au plus près de la matière première signifie aussi regarder les conditions dans lesquelles elle est produite. Marie raconte y avoir découvert des pratiques incompatibles avec ses convictions, notamment concernant le travail des enfants. Elle décide alors de revoir l’organisation de l’exploitation. 

Pour le cacao, elle multiplie les voyages, notamment en Asie du Sud-Est, et travaille souvent avec des Français qui partagent sa connaissance du travail de la terre. Le miel est une autre de ses activités et, comme pour le cacao, les fournisseurs ont un visage. Ses voyages la conduisent au Moyen-Orient. Les vacances deviennent l’occasion de rencontrer un producteur, de découvrir un savoir-faire, de nouer une relation qui se prolongera. 

Sollicitée par les pouvoirs publics singapouriens, intéressés par son modèle d’entreprise sociale, elle se lance dans une nouvelle aventure. Dans la cité-État, elle développe son réseau. Elle sollicite les représentations françaises pour identifier des compatriotes engagés dans des activités agricoles. La communauté française constitue un point de rencontre, au croisement de métiers et de parcours très différents. On pourrait imaginer qu’une telle énergie appelle toujours davantage de croissance. Marie, elle, souhaite que son entreprise reste à taille humaine. Elle connaît ses clients, privilégie les relations durables et ne veut pas que l’entreprise absorbe toute sa vie. Sa conscience écologique intervient aussi dans ses choix commerciaux : elle préfère servir les marchés proches de sa production plutôt qu’expédier systématiquement ses chocolats à l’autre bout du monde. 

Mère de quatre enfants, elle tient à cette liberté. La réussite se mesure aussi au temps disponible, à la possibilité de voyager, de profiter de la nature et de choisir ce dont on a réellement besoin. Elle rattache cette sobriété à son éducation et au vœu de pauvreté des religieux qui l’ont marquée. Elle explique ainsi avoir choisi de ne pas se verser de salaire depuis la création de son entreprise, pourtant rentable : un choix qu’elle inscrit dans sa manière de vivre. 

Lorsqu’on l’interroge sur l’expatriation, Marie revient à la curiosité. Partir suppose d’accepter que les autres aient leurs habitudes, leurs goûts, leur manière de travailler. Il faut goûter ce que l’on ne connaît pas, écouter avant de comparer, se laisser surprendre. 

Son conseil aux Français tentés par l’aventure de l’international tient autant à cette ouverture qu’à la préparation : connaître son métier, comprendre son marché et mesurer ce que signifie entreprendre loin de ses repères, parfois sans filet de sécurité. 

L’attachement à la France reste très présent. Il y a la famille, les attaches en Corrèze, un neveu qu’elle a élevé comme un fils et qui vit aujourd’hui à Paris. Il y a aussi le métier appris très jeune et cette culture du goût qu’elle continue de transmettre. 

Française et Néo-Zélandaise, Marie tient à participer à la vie civique de ses deux pays. L’éloignement n’a pas effacé l’appartenance ; il lui a donné une autre forme. 

Au fil de l’entretien, on sera passé des cuisines d’un palace aux ateliers d’une prison, d’une ferme brésilienne aux ruches iraniennes, avant de retrouver les souvenirs de l’Ain et les visites à Collonges-la-Rouge. Marie raconte une vie faite de départs, d’essais et de décisions parfois difficiles. Le goût, le savoir-faire, l’engagement et, bien sûr, le chocolat en relient les étapes. Avec une fidélité à ce qui semble être, chez elle, un vœu : offrir et aider. 

  • Les moments marquants de Marie · 
Ses deux demandes en mariage. 

2006 : arrestation en Syrie à cause du miel.

22 décembre 2011 : premier voyage en Iran.

2025 : prix de l’entrepreneure de l’année lors de la première édition des France-Singapore Business Awards.