À la une / Mes prises de position

Si les situations familiales évoluent, alors l’accès à la PMA doit suivre

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Je veux répondre ici à la tribune de mes 340 confrères médecins qui ont récemment protesté contre la position de notre Ordre favorable à la PMA: là où ce dernier ne voit pas d’obstacle à son extension aux couples de femmes et aux femmes seules, eux s’y opposent en considérant que la PMA serait le cheval de Troie de la GPA.

La PMA pour les femmes célibataires et pour les couples de femmes ne serait pas une indication médicale:

«La médecine est par définition un art dont les buts exclusifs sont de prévenir les maladies, restaurer les fonctions défaillantes de l’organisme, réparer les malformations anatomiques. Au-delà de ces indications, tout acte intrusif chez une personne qu’on sait en bonne santé sort du champ médical».

Pour mes confrères, un médecin ne serait pas là pour répondre à une «souffrance affective» et aucune étude sérieuse n’aurait démontré que ces femmes ne souffriront plus après la naissance de leur enfant. Enfin, «fabriquer des enfants sans père [reviendrait] à leur nuire».

Pour moi, il s’agit là d’appréciations personnelles ne relevant pas de l’art médical.

«Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux?». Simone Veil s’adressait ainsi à la représentation nationale le 26 novembre 1974 lors de la présentation de son projet de loi historique sur l’IVG. La Ministre de la Santé interrogea alors la fraction de la société qui se voilait la face, refusant de voir que l’IVG se pratiquait en mettant en danger la vie de nombreuses femmes. Nonobstant ses réserves personnelles, la femme éclairée qu’elle était l’avait compris en ayant la clairvoyance de défendre le droit à l’IVG comme un droit à la santé.

Il existe une grande similarité entre les interrogations alors soulevées par l’IVG et celles aujourd’hui posées par l’accès à la PMA pour toute femme. Suivant la définition de l’acte médical retenue par mes confrères, l’IVG n’aurait en effet jamais été autorisée puisqu’il s’agit d’un acte intrusif réalisé sur des femmes en bonne santé.

De même, dispose-t-on d’études sur chacune des souffrances de nos patients et devrions-nous refuser un traitement ou une prise en charge dès lors que la plainte n’a pas été décrite dans la littérature scientifique?

Enfin, à ceux qui affirment que la PMA pour toutes, c’est «fabriquer des enfants sans père», je pose la question: dispose-t-on d’analyses sérieuses qui prouveraient qu’avoir un père et une mère est la condition sine qua non pour rendre un enfant heureux? L’affirmer, c’est ne pas prendre en compte les orphelins, les veuves, les femmes abandonnées, les enfants ayant deux parents de même genre aimants pour les faire grandir.

Grâce aux progrès de la science, la PMA permet à de nombreux couples d’accéder au bonheur d’avoir des enfants. Sans la science, ils n’auraient jamais pu fonder une famille.

Placer le débat sur le plan des convictions personnelles, c’est refuser de se confronter au principe de réalité.

En Europe, sept pays ont déjà autorisé la PMA pour toutes: Belgique, Espagne, Finlande, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Danemark (pour les couples de femmes mariées uniquement). Concrètement, cela veut dire qu’un couple de femmes peut accéder à cette technique en se rendant dans ces pays.

En outre, nous savons que des PMA clandestines sont pratiquées dans certains établissements en France. Ainsi la PMA pour toutes existe déjà à nos portes, portes qui seront immanquablement poussées lorsque le projet de mère, de famille, d’enfant sera plus fort que tout.

Les opposants à la PMA pour toutes voudraient que nous continuions à fermer les yeux sur cette réalité.

Nous ne pouvons pas continuer à ignorer des pratiques qui peuvent mettre en péril la situation sociale, affective, économique et parfois la santé de certaines de nos semblables. C’est pour cela qu’il faut donner un cadre à la PMA, un périmètre, des règles et in fine une solution sûre pour toutes les femmes qui le souhaitent.

Enfin, les critiques ne prennent pas en considération l’évolution des situations de vie. Le droit à la santé que représente la PMA doit être dissocié de la situation matrimoniale, car celle-ci n’est jamais figée. On peut très bien être une femme seule – célibataire ou veuve – et élever un enfant, puis vivre en couple. Sans oublier que l’inverse est tout aussi possible. On peut même vivre en couple hétérosexuel puis en couple homosexuel, sans oublier que l’inverse existe également. Il n’existe pas de situation unique. A l’heure du mariage pour tous, chacun d’entre nous devrait être conscient que la famille contemporaine a un sens bien plus large qu’un papa et une maman.

Se confronter à la réalité, c’est l’ADN de la République En Marche! En l’occurrence, nous ne pouvons plus reculer devant nos responsabilités. Il est temps de réguler et d’encadrer la PMA pour toutes. Il nous faut ne plus nous limiter aux seuls cas d’infertilité pathologique et protéger toutes les femmes. Il en va du droit à la santé pour toutes. Ma conviction de femme, de mère et de médecin, c’est que rien n’arrête un désir d’enfant. Combien sont prêtes à tout pour – enfin – fonder une famille? Et qui sommes-nous pour les juger?

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