Mes prises de position

Nous voulons que les tueurs de journalistes soient sanctionnés par la France

Retrouver la version originale de la tribune que j’ai co-signée sur le site du HuffPost

 

Ainsi donc, Jamal Khashoggi, rentré en toute confiance le 2 octobre dans le consulat saoudien à Istanbul, a été assassiné par des compatriotes. D’après la presse, Ryad a reconnu peu à peu les détails de la sordide vérité: il n’en est pas ressorti vivant, il a été victime d’un homicide prémédité. Les sources turques affirment qu’un commando de quinze personnes est venu spécialement d’Arabie Saoudite, et que son corps a été découpé en morceaux avant d’être évacué à bord de véhicules saoudiens. Nous ne disposons pas de tous les éléments, et nous en sommes réduits à écouter la macabre version des autorités turques, avec, paraît-il, les doigts sectionnés envoyés à Mohammed Ben Salmane, comme preuve que la mission avait bien été exécutée. Cela défie l’entendement. Nous sommes en 2018 et il serait avéré que des tueurs à la solde d’une des pétromonarchies les plus riches et les plus en vue viennent sur un territoire étranger, tendent un guet-apens à un journaliste vivant exilé aux Etats-Unis, et l’éliminent?!

Si cela est vrai, c’est abominable, parce qu’il s’agit d’une exécution extrajudiciaire, une sorte de vengeance, qui s’exerce contre une personne, vraisemblablement du fait de ses opinions et de la liberté d’expression.

Si cela est vrai, c’est d’un cynisme confondant parce que cela prétend s’affranchir de toutes les législations en vigueur dans les pays concernés et sur notre planète, régie par le droit international et non par la loi du plus fort.

Si cela est vrai, cela augure d’un nouvel ordre mondial où chaque pays se sentirait libre d’envoyer ses propres agents liquider un opposant, et de les laisser revenir paisiblement chez eux.

Et l’on apprend maintenant que l’Arabie Saoudite compte s’en tirer en jugeant sur son territoire, selon ses lois, quelques uns des auteurs de cet acte, avec sans doute une indulgence proportionnelle à l’irritation que Jamal Khashoggi provoquait chez les autorités de ce royaume. Et qu’un jour les auteurs, graciés ou libérés, pourront recouvrer leur liberté et reprendre leurs affaires.

 

Pour éviter cette impunité, nous, députés de La République En Marche, signataires, demandons qu’une enquête impartiale et indépendante soit menée sous l’égide de l’ONU, enquête qui puisse aboutir à la manifestation de la vérité sans que les juges et les accusés aient partie liée et que nous puissions enfin trouver réponse à ces questions qui nous préoccupent:

– Dans quelles circonstances se sont passés ces événements?

– Qui a tué Jamal Khashoggi?

– Qui a commandité ce crime?

Nous attendons ces informations, et espérons que la manifestation de la vérité découragera les puissants qui seraient tentés de régler ainsi leurs contentieux avec des opposants.

Que faire une fois cette enquête menée à son terme, et les résultats rendus publics? Nous souhaitons qu’un mécanisme de sanctions individuelles ciblées soit mis en place en France pour permettre, par décision de la représentation nationale, de geler les avoirs financiers et d’interdire de visas les coupables de telles violations des droits humains. Sanctionner les personnes pour leurs actes permettra de marquer notre réprobation devant de tels agissements, et de graduer les mesures de rétorsion en proportion de leur gravité.

Sanctionner les personnes, ce n’est pas sanctionner le peuple. Priver les auteurs de crimes de leurs avoirs et de visas, c’est s’épargner de devoir supporter qu’ils reprennent une vie normale de loisirs et de plaisirs sur notre territoire après de telles monstruosités.

Certains pays, tels les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, utilisent ces systèmes, le Magnitsky Act ou ses dérivés, et nous pensons que notre pays doit adopter un tel arsenal législatif. Pour que le meurtre de Jamal Khashoggi ne reste pas une plaie béante. Et nous appelons nos voisins de l’Union Européenne à rejoindre cette démarche, car c’est au niveau de l’Europe que nos valeurs doivent être réaffirmées.

Les signataires:

Mireille CLAPOT, Lénaïck ADAM, Anne BLANC, Annie CHAPELIER, Olivier DAMAISIN, Anne GENETET, Eric GIRARDIN, Olga GIVERNET, Caroline JANVIER, Hubert JULIEN-LAFERRIERE, Yannick KERLOGOT, Jacques KRABAL, Sonia KRIMI, Aina KURIC, Jean-Charles LARSONNEUR, Marion LENNE, Jean-François MBAYE, Ludovic MENDES, Sandrine MORCH, Matthieu ORPHELIN, Valérie PETIT, Damien PICHEREAU, Nathalie SARLES, Denis SOMMER, Sira SYLLA, Stéphane TESTE, Valérie THOMAS, Patrick VIGNAL.

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