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Isabelle Tiné : femme(s) solidaire(s)

Avec Isabelle, c’est une face plus sombre de l’expatriation que nous avons explorée. Tous ceux qui ont vécu une mobilité internationale le savent, cette situation parfois déséquilibrée pour le « conjoint suiveur » peut générer des turbulences. Bien entendu, si la vie à l’étranger n’est pas l’unique cause, les séparations et les divorces au bout du monde sont souvent très difficiles à gérer.

 

  • Juillet 1976 : naissance à Évry dans l’Essonne
  • Janvier 2012- janvier 2015 : expatriation à Singapour
  • Avril 2014 : création du groupe expats nanas back to France 
  • Novembre 2016 : Création du groupe expats nanas séparées divorcées 
  • Mars 2017 : Création du groupe expats de retour à Nantes

 

Née à Évry puis élevée aux Tarterets à Corbeil-Essonnes, Isabelle baigne dans un milieu interculturel depuis sa plus tendre enfance. Elle connaît sa première expérience à l’étranger pendant un an en Allemagne en tant que jeune fille au pair. En formation d’éducatrice de jeunes enfants, elle continue à se passionner pour les problématiques d’interculturalité qu’elle aura l’occasion d’expérimenter au sein du S.I.D.V.A. 91 (Service d’Intégration pour les enfants déficients visuels et aveugles). 

Début 2011, Isabelle est une professionnelle accomplie et l’heureuse maman d’une petite fille de 4 ans et demi lorsqu’une opportunité à l’étranger se présente. Un soir, son compagnon rentre en lui annonçant : « Je me suis mis sur la liste pour un poste à Singapour ».  En couple depuis plus de 10 ans, le ménage ne va pas bien mais est-ce qu’une expatriation ne serait pas une formidable occasion de se donner une deuxième chance ?

En janvier 2012, la petite famille s’envole vers la cité-État. Les débuts sont plutôt prometteurs et ils permettent au couple d’avoir un deuxième enfant né à Singapour. Alors que son conjoint rayonne dans la région dans le cadre de ses responsabilités, Isabelle s’investit dans la vie associative et sur les forums en ligne. Mais rien n’y fait. Les relations au sein du couple se détériorent et en janvier 2015, Isabelle et les enfants rentrent à Nantes tandis que le père fait des allers-retours entre la région parisienne et la Loire Atlantique. En mai 2016, le couple se sépare définitivement.

Le retour en France est un véritable parcours du combattant. Les problèmes administratifs viennent s’ajouter aux difficultés familiales et au choc culturel inversé. Cette expérience est néanmoins constructive. Forte de son expérience de travailleuse sociale, Isabelle ressent le besoin de créer davantage de solidarités et d’échanges entre les femmes expatriées. C’est pourquoi, dès avril 2014, elle lance sur Facebook le groupe Expats Nanas back to France en vue d’échanger sur les problématiques parfois ubuesques du retour: « quand on rentre, on est un peu étranger dans son propre pays ». Puis sa séparation lui fait prendre conscience d’une vraie solitude. En octobre 2016, elle crée le groupe Expats Nanas Séparées Divorcées  qui compte aujourd’hui plus de 450 membres actifs.

« On l’évoque peu mais l’expatriation peut devenir une vraie souffrance pour de nombreuses femmes. Le cas le plus courant est de s’enfermer dans son rôle de maman et de se couper du marché du travail ». S’il survient des ennuis au sein du couple, cette situation devient très préjudiciable. « Les femmes se retrouvent seules. À l’étranger, l’accès à la famille, à des amis, aux professionnels de santé, aux psychologues, aux assistances sociales est très difficile presque impossible » ; sans parler de la dépendance financière. Nombreuses sont les femmes qui n’ont aucun revenu voire même parfois pas de comptes en banque car ce n’est pas possible dans leur pays de résidence. Pourtant, les infidélités, les violences conjugales et tout simplement les couples qui ne s’entendent plus sont des situations tout aussi courantes à l’étranger. « Souvent je me dis que si nous nous étions séparés à Singapour, j’aurais été complètement démunie ».

C’est pour toutes ces raisons qu’Isabelle a voulu recréer du lien et de la solidarité entre ces femmes. Ces groupes Facebook sont faits pour ça. « Les difficultés d’un couple et la séparation demeurent des tabous ». Pour beaucoup de femmes, les groupes sont le premier lieu où elles peuvent parler. Pour cela, avec les autres administratrices mais aussi avec quelques professionnelles de santé nous faisons de l’information et de la prévention. « Tout le monde devrait mieux préparer son départ, réfléchir à son indépendance financière… Bref, se dire ok tu pars en expatriation mais est-ce que tu es conscient de ce que cela représente pour toi et est-ce que tu es prêt ? ». Isabelle voudrait que les entreprises soient plus impliquées et qu’elles prennent davantage en considération la qualité de vie de leurs employés en les accompagnant tout au long de leur expérience. « Si nécessaire, on pourrait très bien imaginer que l’on puisse s’entretenir avec des assistances sociales de l’entreprise depuis l’étranger ». Il faudrait aussi que des personnels du Consulat soient formés aux problématiques sociales et familiales ou encore que les professionnels du secteur médico-social soient sensibilisés aux risques liés à la mobilité internationale. Les Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles devraient aussi davantage s’intéresser à la question.

Ceci étant dit, « bien sûr je recommande l’expatriation, je ne serais pas la femme que je suis aujourd’hui si je n’avais pas vécu ça ! J’ai appris à oser. Je suis sortie de ma zone de confort ». La curiosité, l’agilité d’esprit, l’adaptabilité font partie des compétences que tous ceux qui vivent une mobilité internationale acquièrent. Aujourd’hui, Isabelle a de nombreux projets. Elle a créé à Nantes une communauté d’anciens expats. Surtout elle veut poursuivre son engagement au service des femmes : « je veux continuer à encourager la fraternité et de la sororité ».

 

Pour rejoindre ses groupes :

Expats nanas back to France 
Expats nanas séparées divorcées 
Expats de retour à Nantes 

 

 

Quelques liens utiles :

https://stop-violences-femmes.gouv.fr/
http://www.solidaritefemmes.org/
http://www.infofemmes.com/

 

 

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