Portrait de circo

Eric Chevallier : directeur du Centre de crise et de soutien 

La semaine dernière, mon équipe est allée à la rencontre d’Eric Chevallier, directeur du Centre de crise et de soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. C’est ce centre qui veille jour et nuit à la sécurité des Français résidant ou se déplaçant à l’étranger. Ce centre est souvent mal connu.

De la médecine carcérale au Quai d’Orsay…

Des situations de crise, Eric Chevallier en a connu plus d’une au cours de sa carrière. Médecin de formation et diplômé de Sciences Po, il a tout d’abord exercé en milieu carcéral avant de s’engager dans l’action humanitaire. Il travaille alors pour plusieurs organisations internationales au sein desquelles il participe à l’élaboration des premiers plans à très grande échelle de lutte contre le Sida. Il participe notamment à la création d’ONUSIDA.

C’est aux cotés de Bernard Kouchner qu’il entre dans le monde de la politique, au sein des ministères de la santé et des Affaires étrangères. Après plusieurs postes en cabinet ministériel, Eric Chevallier deviendra Ambassadeur de France en Syrie puis au Qatar. 

Lorsqu’on lui demande ce qui l’a poussé à passer de la médecine à la diplomatie, il souligne la cohérence de son parcours : le besoin d’être au service des autres, d’exercer une activité qui a une utilité sociale. Pour lui, travailler dans la diplomatie, c’est bien entendu travailler pour son pays, mais c’est aussi défendre, comme le ferait un médecin, des valeurs universelles.

Crédit: Jonathan Sarago – MEAE

Monter une cellule de crise en une heure

Le centre de crise et de soutien dont il a pris la direction en 2018, Eric Chevallier, le connaît bien, puisqu’il a participé à sa création en 2008. Ses missions sont multiples: 

  • assurer la protection des ressortissants français à l’étranger en période de crise ; 
  • apporter son assistance aux ressortissants français en difficulté et à leurs familles, en cas de mort violente, de disparition inquiétante et d’enlèvement à l’étranger. Il met en place une cellule de crise spécifique en cas de catastrophes (crash aérien, attentats, catastrophes naturelles etc…).
  • coordonner l’aide humanitaire d’urgence mise en place par l’Etat en direction de pays affectés par des catastrophes ; 
  • dans un contexte de sortie de crise, mettre en place des programmes de stabilisation ; 

Le CDCS intervient en situation de crise mais également en amont de celles-ci en menant des missions d’anticipation, de préparation, de veille et d’alerte.

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En cas de crise affectant la sécurité des ressortissants français à l’étranger, le CDCS est en mesure de monter une cellule de crise en une heure au Quai d’Orsay, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit (un minimum de 14 agents est d’astreinte en permanence). Au sein du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le CDCS travaille de manière permanente avec nos consulats et ambassades et de manière transversale avec tous les autres ministères. Il travaille notamment avec les ambassades et consulats de France à la mise en place des plans de sécurité. Ces plans visent à coordonner les actions des ilotiers, des consulats, la mise à disposition si nécessaire de réserves alimentaires et humanitaires stockées aux quatre coins du globe, et à entreprendre, si besoin, des regroupements ou évacuations des communautés françaises à l’étranger  

Informer pour mieux prévenir

Mais puisqu’il vaut mieux prévenir que guérir, le centre de crise et de soutien mène un travail colossal en amont, de prévention des risques.

La réalisation la plus connue du CDCS est la rubrique des « Conseils aux voyageurs » du site de France Diplomatie. Avec 25 millions de pages vues en 2018, il s’agit d’une des rubriques  les plus consultées de l’administration française. Les conseils aux voyageurs font l’objet d’actualisations très fréquentes, plus de 1500 l’an dernier. 

Aussi très connu des Français voyageant régulièrement: les cartes accompagnant les conseils aux voyageurs, annotées de codes couleur. Ce code est très sensible et soumis à des normes très strictes. « Il peut avoir un impact sur l’économie d’une région, sur son activité touristique, mais aussi parfois un impact politique, mais la priorité du CDCS, celle des autorités françaises, c’est la sécurité de nos compatriotes» nous rappelle Eric Chevallier. C’est pourquoi les niveaux d’alerte sont définis avec une grande rigueur, et le travail des agents en la matière est évalué chaque année par des auditeurs extérieurs dans le cadre de la certification ISO 9001-2015. 

Enfin, Eric Chevallier nous rappelle de ne pas nous limiter au code couleur dans notre évaluation du risque, mais de considérer le texte qui accompagne les cartes, afin de bien comprendre la nature des dangers. Les couleurs par ailleurs ne reflètent pas uniquement le risque en lui-même, mais aussi la qualité de la réponse que peuvent apporter les autorités locales en cas de danger. Autrement dit, deux zones présentant des risques sismiques équivalents, par exemple, ne seront pas considérées de la même manière selon la qualité des infrastructures et le niveau de préparation du pays en cas de tremblement de terre.

Que faire en cas de danger?

Si vous ou l’un de vos proches est en danger à l’étranger, le centre de crise est accessible 24h/24 et 7J/7 au numéro +33 (0)1 53 59 11 10. Toutefois pour Eric Chevallier « le premier réflexe doit être d’appeler le consulat ». Ce dernier est en effet plus proche géographiquement, en contact direct avec les autorités locales, et directement immergé dans le contexte culturel, et politique qui est le vôtre.

L’idéal est aussi d’anticiper le danger pour faciliter la réponse française en cas de crise. Pour cela, l’inscription au consulat est très fortement conseillée pour les personnes résidant à l’étranger, mais Eric Chevallier insiste aussi sur un outil : l’application Ariane. Elle permet en cas de déplacements à l’étranger, qu’ils soient d’ordre personnel ou professionnel, de renseigner ses destinations de voyage, un numéro de téléphone et une adresse de courriel et les coordonnées d’un proche qui peut être joint en cas d’urgence. Cette application gratuite, dont l’utilisation est obligatoire pour les voyages de l’éducation nationale, est très utilisée, puisqu’elle compte 700.000 comptes actifs. 

Son objectif est double: vous donner par SMS ou mail des informations utiles à votre sécurité dans le pays en fonction des évènements qui s’y déroulent (catastrophes naturelles, problèmes sanitaires, manifestations, terrorisme…), et pour les autorités consulaires savoir où sont les Français en cas de crise afin de mieux vous informer. Attention, une inscription sur Ariane ne dispense pas de prendre une assurance voyage. 

Le visage de l’expatriation change. Celui des déplacements à l’étranger et notamment du tourisme fait de même. Eric Chevallier remarque chez les Français partant à l’étranger un souci de plus en plus important pour leur sécurité, et une attente grandissante envers les autorités françaises à cet égard. Les drames récents liés au terrorisme n’y sont peut-être pas pour rien. 

Une autre tendance, paradoxale, est celle d’une plus grande prise de risque, et notamment de formes de tourisme plus indépendant, hors des sentiers battus, dans des zones peu habituées au tourisme et dont les infrastructures ne sont pas toujours adaptées. A ces voyageurs, il rappelle que l’intention du centre de crise et de soutien n’est pas, en soi, de dissuader les Français de voyager, mais d’anticiper au mieux les dangers qu’ils pourraient rencontrer. Deux conseils donc à garder en tête: informez-vous des risques pour mieux les éviter, et inscrivez-vous sur Ariane pour que l’on puisse vous contacter rapidement si une crise survient. 

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