Mes prises de position

Soyez vigilants!

Les « gilets jaunes » ne sont pas un groupe aux revendications uniformes. Ils plaident pour plus de pouvoir d’achat, qui s’y opposerait? Mais le pouvoir d’achat n’est pas une mesure, c’est un indicateur. En réalité, ce mouvement est une agrégation de multiples groupes dont certains ont toute légitimité à exprimer leurs inquiétudes: des travailleurs pauvres qui aimeraient bien que l’on revalorise leur salaire, leurs employeurs, assommés de charges, qui craignent pour la survie de leurs petites entreprises, les personnes démunies, sans emploi, qui aimeraient au contraire voir plus de redistribution pour sortir enfin la tête de l’eau. 

Mais à ce mouvement, qui s’est dès le départ dit apolitique, se sont invités des personnes très politisées, demandant successivement,  la suppression du Sénat, la dissolution de l’Assemblée Nationale, la destitution du Président de la République, l’occupation, puis la destruction de bâtiments administratifs, puis même l’assassinat de forces de l’ordre et d’élus, l’intimidation de leurs familles et la destruction de leurs biens ne semblant plus suffire à faire pression sur eux. Les représentants des « gilets jaunes » ayant voulu se rendre à Matignon pour entamer une discussion avaient également été menacés, mettant un terme à ces rencontres.

A ces appels et comportements inqualifiables, s’ajoutent les postures particulièrement inquiétantes d’élus et de responsables politiques qui, soit par maladresse, soit par incompréhension de la situation, soit parce qu’ils sont pressés de repasser aux urnes, politisent cette colère, surenchérissent, et pour certains, ont appelé  à l’insurrection. 

A la bataille fiscale, saine, légitime, démocratique, s’est superposée la bataille pour l’information, des sondages d’opinions, de la maîtrise des réseaux sociaux. Les chaînes d’informations n’ont jamais fait de si bons scores d’audience. Facebook, Twitter sont également en ébullition. 

Ces outils sont formidables pour la liberté d’expression et le débat démocratique. Ils permettent théoriquement à chaque citoyen de s’exprimer avec la même visibilité. Mais ils ont des failles. Leurs usagers les plus doués tenteront de jouer avec les algorithmes mis en place pour gagner en visibilité, les moins bien intentionnés tenteront de tromper ces mêmes algorithmes, notamment avec des robots retweetant automatiquement certains messages, de faux comptes ayant publié pour certains des dizaines de milliers de posts en quelques semaines, relayant parfois de fausses informations de manière massive et créant artificiellement un climat de chaos informationnel.

J’en appelle donc à votre vigilance! Je n’ai aucune légitimité à vous dire avec certitude qui croire, quoi penser dans le débat démocratique dont je ne suis comme vous que l’un des acteurs. Je peux simplement vous conseiller d’être attentifs à ce que vous consultez sur les réseaux sociaux. 

  • Qui a publié le post que vous être en train de lire? 
  • Depuis quand son compte a-t-il été créé?
  • Regardez ses autres publications, semble-t-il appartenir à un mouvement quelconque?
  • Montre-t-il son visage sur au moins une photo?
  • Si vous dialoguez avec lui, parle-t-il au moins Français?
  • Utilise-t-il dans l’URL de son profil un nom, un prénom, un surnom?

Personne ne crée son compte Twitter en se faisant appeler « Pouvoir d’achat » ou « Français en colère », ou même « xyz0045 », il s’agit la plupart du temps de comptes mis en réseau, dont l’objectif est de diffuser massivement des messages politiques, mais aussi des jeux concours, ou des articles d’influenceurs voulant gagner en visibilité. Les faux comptes sur les réseaux sociaux ne datent pas des gilets jaunes!

Plus inquiétant encore, lorsque je suis prise à partie, mon statut de députée des Français de l’étranger est souvent à l’origine de critiques, toujours les mêmes: les Français vivant à l’étranger seraient des nantis, des exilés fiscaux responsables de la pauvreté en France, des pervers sexuels même m’a-t-on dit…

Ma crainte n’est pas d’ordre politique, fiscal, idéologique. Ma crainte est de voir les Français se diviser sous l’influence des réseaux sociaux: ceux de France et ceux de l’étranger, ceux des villes et ceux des champs, ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas ou ne travaillent plus, ceux qui entreprennent et ceux qu’ils emploient, ceux qui ont réussi et ceux qui ont besoin qu’on les accompagne sur ce chemin.

Je ne crains pas pour mon siège comme certains pourront le dire. Je crains pour la démocratie, pour la possibilité donnée à chacun des citoyens de mon pays de pouvoir s’exprimer librement, sans craindre de représailles. La voix qui doit être entendue est celle des urnes, pas celle du plus violent, du plus intimidant, du plus dangereux. Sur les réseaux, soyez vigilants !

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