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Accompagnement de la filière betterave : le choix douloureux du temps long

Le projet de loi, dit « Betterave sucrière », relatif aux conditions de mise sur le marché de certains produits phytopharmaceutiques en cas de danger sanitaire a été adopté à une large majorité, mardi 6 octobre, par 313 voix contre 158. J’ai voté pour la possibilité d’une dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes pour venir en aide au secteur de la betterave sucrière. Voici pourquoi.

La question des néonicotinoïdes a beaucoup mobilisé les Français et les médias. Tous ceux qui se sont intéressés en profondeur à la question ont pu se rendre compte de l’incroyable complexité du sujet. Et surtout, ils ont pu prendre conscience qu’il n’y avait pas de solution miracle à apporter. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre les néonicotinoïdes, tous les parlementaires – comme moi-même et comme tous les Français – quelles que soient les tendances politiques sont contre !  

Plus de 90% des néonicotinoïdes ont été supprimés en France 

Revenons en arrière : en juillet 2016 le Parlement a adopté la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Cette loi très dense (174 articles) a permis des avancées considérables en matière de protection de notre environnement : l’intégration dans le droit de la notion de préjudice écologique, la création de l’Agence pour la biodiversité, la ratification du protocole de Nagoya sur la diversité biologique ou encore la création de zones prioritaires pour la biodiversité.

Parmi les progrès réalisés, la France a été le premier pays européen à interdire les néonicotinoïdes. Force est de constater que les résultats sont positifs puisqu’aujurd’hui, plus de 90% des néonicotinoïdes ne sont plus utilisés en France.

Cependant, nous avons mis en place une interdiction sans pour autant en mesurer toutes les conséquences.

Autonomie et indépendance

En raison de l’hiver le plus doux enregistré dans le pays, et d’un printemps historiquement chaud, la maladie dite de la « jaunisse de la betterave » a été, en 2020, particulièrement virulente. La plante n’est plus exploitable par les sucreries pour en faire du sucre. Conséquence, les betteraviers ont dû faire face à une perte de rendement de l’ordre de 20 à 40%.

Bien entendu, j’aurais souhaité comme vous qu’il existât des solutions alternatives aux traitements à base de néonicotinoïdes. Or toutes les techniques et tous les produits utilisés au cours de l’hiver dernier (utilisation de coccinelles, plantations de haies entre les cultures pour éviter la propagation) se sont révélées inefficaces.

La France est le deuxième producteur mondial de betteraves à sucre et le premier européen. A l’heure où nous nous interrogeons sur notre souveraineté, notre indépendance stratégique, sur la relocalisation d’emplois, il me semble particulièrement malvenu voire saugrenu de balayer cet atout d’un simple revers de la main en laissant mourir notre filière et en devenant dépendant de pays nettement moins disant sur le plan environnemental.

Si les agriculteurs ne peuvent pas planter de betteraves à la fin de l’hiver et au début du printemps prochain, les sucreries fermeront emportant avec elles 46.000 emplois dont 25.000 agriculteurs, 21 sucreries et toute une filière avec elles.

Alors que les Français mais aussi de nombreuses industries dont la cosmétique ou les biocarburants, continueront de consommer du sucre dans les prochaines années, si nous n’agissons pas, nous serons dans l’obligation de faire face à nos besoins en important du sucre depuis la Pologne, la Belgique ou l’Allemagne, qui ont fait le choix de continuer à utiliser des néonicotinoïdes. Nous pourrions également devoir l’importer de l’autre géant du sucre : le Brésil. Cependant, il serait tout de même assez cocasse de nous tourner vers le Brésil alors même que nous venons de rejeter l’accord de libre-échange dit Mercosur en raison notamment du non-respect des normes environnementales et de la non-conformité avec l’accord de Paris. Pour tout dire, ça serait même parfaitement incohérent ! 

Face à cette menace de disparition de la filière, la majorité présidentielle a dû faire un choix. J’ai moi-même fait ce choix de la raison, ce choix du temps long d’accorder dans des conditions strictement encadrées et à titre exceptionnel l’usage de traitements à base de néonicotinoïdes pour l’exploitation exclusive des betteraves à sucre.

Le principe d’interdiction demeure avec une dérogation encadrée

Ne vous y trompez pas, l’adoption du projet de loi « Betteraves sucrières » ne remet pas en cause l’interdiction des néonicotinoïdes. Il permet à la filière betterave et uniquement à celle-ci de jouer sa survie, sur une durée strictement limitée à 2 ans.

Sachez qu’avec mes collègues à l’Assemblée nationale, nous avons largement amélioré le texte qui nous avait été présenté initialement par le gouvernement. D’une part, nous avons limité son champ d’application à la seule betterave, dont la récolte est faite avant floraison donc avant toute pollinisation par les abeilles.

D’autre part, nous avons entériné la création d’un comité de suivi pour la recherche et la mise en œuvre d’alternatives. Enfin, nous avons intégré un plan de protection de pollinisateurs.

L’objectif de la majorité – et de tous les parlementaires – reste celui de sortir à 100% des néonicotinoïdes dans les meilleurs délais et au plus tard en 2023 (engagement européen) alors qu’une bonne partie du chemin a déjà été réalisée puisque nous en sommes à 90% d’élimination.

Une décision assumée

Cette décision, je l’ai mûrie. Elle a été douloureuse, elle a été d’autant plus difficile à prendre que je n’ai pas de betteravier français dans ma circonscription et que j’aurais très bien pu me réfugier dans l’abstention. Mais je n’ai pas la décision honteuse, j’assume pleinement ! Au regard de l’ensemble des éléments à ma connaissance, c’est la décision la plus adaptée pour répondre à la survie d’une filière, pour protéger nos emplois, pour garantir notre souveraineté sucrière et aussi pour ne pas nous défausser lâchement en délocalisant discrètement notre pollution, et ceci tout en préservant notre engagement fort de suppression définitive de l’usage des néonicotinoïdes pour toutes les cultures.

Je sais que cette décision sera impopulaire mais je sais aussi que vous m’avez élu pour prendre mes responsabilités, pour faire preuve d’un certain courage et tenir un langage de vérité.  Le courage de la vérité, c’est ce qui a fait défaut pendant de trop nombreuses années.

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Luc Grinand
Luc Grinand
17 jours il y a

parfaitement d’accord, il faut vraiment communiquer sur le sujet pour que les gens apprennent a etre enfin un peu pragmatiques.

un insecticide tueur d’abeille utilisé sur une plante qui n’attire pas les abeilles, ca ne devrait pas etre trop compliqué, sauf pour les gens qui refusent d’entendre…

alors il faut répéter, répéter, et répéter encore.

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