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À votre rencontre : Biélorussie

Dans ce pays de 9,5 millions d’habitants, notre communauté française est composée d’une centaine de membres (104 inscrits au registre consulaire). Cette visite était l’occasion pour moi de montrer que toutes les communautés de notre circonscription m’intéressent quelle que soit leur taille. Cette présence française restreinte explique pourquoi il n’y a ni lycée, ni Alliance française, ni Institut… Pourtant, nous avons une longue histoire commune avec ce pays francophile et la fameuse bataille de la Bérézina sur laquelle je reviendrai en conclusion en est un témoin. Indépendant depuis 1991 et la chute de l’URSS, je note que la France n’a pas accordé à ce pays un intérêt à la hauteur de son potentiel.  

Ce voyage s’est déroulé aux côtés du député Christophe Lejeune, président du groupe d’amitié parlementaire France-Biélorussie. M Lejeune connaît particulièrement bien ce pays, son épouse étant biélorusse et ses enfants binationaux.  

Ce voyage a commencé par des échanges avec notre Ambassadeur, Monsieur Didier Canesse et  les équipes de l’Ambassade dont Madame Karine Bordier, consule et Madame Elsa Pignol, première conseillère.  Il y a plusieurs enjeux en Biélorussie. Premièrement, celui  d’apporter les services nécessaires à nos concitoyens sur place. Je tiens à rappeler que l’universalité de notre réseau est une force qu’il faut préserver. Partout où il y a des Français, nous devons proposer des services consulaires de qualité. Le deuxième sujet est celui de l’éducation. Il n’y a pas d’école française. Néanmoins, il existe 8 sections bilingues françaises dans des écoles publiques biélorusses ce qui représente un vivier de 700 à 800 élèves. Toutefois, j’ai bien noté qu’il n’y a pas de certification du niveau de langue et donc que ces sections, malgré la richesse de leur contenu pédagogique, ne donnent aucun accès privilégié à l’enseignement supérieur en France et c’est regrettable. Ainsi, seulement quelques élèves par an viennent étudier en France en premier cycle, un peu plus au niveau master soit une cinquantaine via notamment un partenariat avec le département de sciences économiques de Clermont-Ferrand. Enfin, le troisième sujet est celui de la délivrance des visas. La France délivre entre 12 000 et 16 000 visas par an. La Biélorussie est le pays où l’on délivre en proportion le plus de visas par habitant au monde ! Cela témoigne du dynamisme de nos échanges et du fort intérêt de la Biélorussie pour notre pays. Enfin, nous avons de nombreux jumelages de municipalités avec la Biélorussie dont certains sont en cours de développement comme avec la ville de Nice. Ces jumelages sont à encourager et à soutenir sans aucun doute! Clin d’œil amusant: le jumelage des villes homonymes de Brest, en France et dans l’ouest de la Biélorussie.  

Avec le député Christophe Lejeune, nous avons rencontré le vice-ministre des Affaires étrangères, Monsieur Oleg Kravtchenko. Chacune des parties a insisté sur la nécessité d’améliorer les relations bilatérales. Il est à noter que la situation politique s’est améliorée ces dernières années en Biélorussie.  Le vice-ministre a regretté le manque de dialogue entre la Biélorussie, l’Union Européenne et l’OSCE. Il espère davantage de soutien de la France dans les années à venir. M Lejeune a convié le groupe d’amitié à venir en visite en France et a proposé un déplacement en Biélorussie du groupe d’amitié parlementaire français pour les années 2018-2019, une première étape pour renforcer les relations entre nos deux pays. De même, nous avons évoqué notre souhait de développer nos relations culturelles. Enfin, le vice-ministre nous a fait part de sa volonté d’organiser courant 2018 un business forum France – Biélorussie à Minsk.  

Ensuite, nous avons été reçus au Conseil de la République de Biélorussie (l’équivalent de notre Sénat) pour échanger avec  Madame Marianna SHETKINA, sa Vice-présidente. Elle souhaite notamment dynamiser le groupe d’amitié parlementaire. Elle a surtout insisté sur la nécessaire amplification de nos relations économiques. Elle voudrait que son pays puisse attirer davantage d’entreprises françaises et nous a expliqué que la Biélorussie voit les secteurs du tourisme et celui de l’ameublement comme les plus stratégiques pour les années à venir.  

À la suite de cette discussion, nous avons été reçus par Monsieur Mikhaïl Myasnikovitch, Président du Conseil de la République de Biélorussie, l’une des plus hautes personnalités de l’État. Cette rencontre s’est déroulée en présence de Monsieur Vladimir Pantukhov, Président de la Commission permanente de l’économie, du budget et des finances, Président du Groupe d’amitié  Biélorussie-France, Madame Alla Nikolaevna Bodak, Présidente de la Commission permanente pour la législation et la construction étatique, membre du Groupe d’amitié « Biélorussie-France », Madame Irina Anatolievna Starovoitova, Présidente de la Commission permanente pour l’éducation, la science, la culture et le développement social, membre du Groupe d’amitié « Biélorussie-France » et Monsieur Pavel Latushka, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de Biélorussie à Paris. Le Président Myasnikovitch a exprimé le souhait de relations plus étroites entre nos deux pays, dépassant les freins qui viennent des deux côtés. Il attend beaucoup du soutien des parlementaires pour cela. Il espère pouvoir compter sur le soutien de la France quant à l’adhésion de son pays à l’Organisation Mondiale du Commerce. Il considère que la France devrait être plus ambitieuse sur le marché biélorusse et que nous disposons d’entreprises et de produits qui devraient nous permettre de dépasser l’Allemagne en matière économique. Nous avons aussi fait des propositions en matière de coopération scientifique en évoquant la possibilité d’un partenariat entre le CNRS et l’Académie des Sciences Biélorusse. Enfin, nous avons abordé la question de la peine de mort, toujours en vigueur en Biélorussie et qui pourrait faire très prochainement l’objet d’un moratoire. Une décision qui pourrait se révéler importante pour encourager la relation entre la Biélorussie et les institutions internationales.  

Dans l’après-midi, nous sommes allés à la Chambre des Représentants à la rencontre de Monsieur Valeri Voronietski, président de la commission permanente des Affaires étrangères  et d’autres membres de la commission. Le président de la commission a regretté la diminution des contacts parlementaires entre nos deux pays, la dernière visite remontant à 2010. Il souhaite pouvoir corriger cela et établir davantage de coopération. Il a notamment insisté sur notre histoire militaire commune et a pris pour exemple le régiment d’aviation « Normandie – Niémen ».  Originalement, il s’agissait d’un groupe de chasse Franco-Soviétique créé en 1942 (lien article https://www.lecourrierderussie.com/societe/gens/2012/06/normandie-niemen-passe-oublie/ ).  

La légende de nos pilotes et de cet escadron semble toujours vivace, preuve que nous construisons toujours le futur sur les bases de notre passé. Preuve aussi d’une grande bienveillance pour notre pays que j’ai pu constater avec tous mes interlocuteurs. Ainsi, il souhaite que nous développions les classes bilingues pour que nous dépassions les 3 % d’enfants Biélorusses qui se tournent vers l’apprentissage du français.  

J’ai passé le reste de la journée avec la communauté française et ai rencontré une soixantaine de ses représentants touchés par mon intérêt pour la Biélorussie. Puis, j’ai dîné avec une femme incroyable, avec laquelle je souhaite débuter une série de portraits de membres de nos communautés à l’étranger,  Madame Nina Tchernenko, doyenne française de Minsk. À suivre donc…  

Le samedi 25, j’ai démarré par une permanence pour la communauté française puis j’ai déjeuné avec des membres de la communauté d’affaires, Madame Yana Puchkovskaya, attachée affaires économiques à l’Ambassade, Monsieur Michel Contini, gérant associé Euro-MRTB, Monsieur Gilles Bourlot, directeur général Danone, Monsieur Stéphane Blusson, directeur Mecasoft informatique. Redynamiser nos relations commerciales avec la Biélorussie est l’un des grands enjeux. En effet, alors que la situation économique du pays s’améliore, nos relations commerciales ont tendance à se dégrader.  Les exportations de la France y ont baissé de 11% sur la période 2012 – 2016 tandis que les importations vers la France ont baissé de 44 % sur la même période. 592 entreprises françaises ont exporté vers ce pays en 2015 et une quarantaine d’entreprises françaises sont implantées dans le pays ce qui représente 950 emplois. Si développer l’économie sur place semble difficile, il n’en demeure pas moins vrai que nous ne mettons pas les mêmes moyens que nos concurrents telle l’Allemagne. Voilà un des sujets que j’aborderai dans les débats parlementaires ainsi qu’avec le gouvernement : pour le soutien à l’internationalisation de nos entreprises, quelle(s) structures ? Quelle(s) implantation(s) ? Quelle stratégie ?  

Pour conclure ce déplacement, ma dernière journée était consacrée à la commémoration de la bataille napoléonienne dite de la Bérézina. C’est le comité de la ville de Barysauw qui l’organise chaque année. Pour la petite histoire, contrairement à l’adage, la Bérézina est une victoire française. En novembre 1812, la bataille qui s’y déroula permit à l’armée des vingt nations dirigée par Napoléon de repousser trois armées du tzar Alexandre 1er et de s’extraire du piège russe en traversant dans des conditions épouvantables un fleuve marécageux et relativement large. Néanmoins, même s’il s’agit d’un indiscutable succès militaire, cet épisode historique passera inexactement à la postérité comme synonyme de débâcle (https://by.ambafrance.org/Rappel-historique-des-evenements). Dans tous les cas, cette reconstitution historique avec une association d’uniformistes comptant plus de 500 figurants de Biélorussie, de Lituanie, de Russie, de Suisse, de Pologne et de France, était tout à fait impressionnante. Le fleuve et la brume donnaient un caractère inquiétant et tragique à ce moment. C’était très ressemblant à l’atmosphère si bien révélée par l’écrivain-voyageur, Sylvain Tesson, dans Berezina.  Au travers de ce déplacement autour de la commémoration de la Berezina, j’ai souhaité rentre hommage à tous ceux qui se dévouent pour transmettre l’héritage, pour leur importante contribution chacun dans leur domaine à la conservation de la mémoire. Ces commémorations nous rappellent que rien ne vaut la paix, la promotion des échanges culturels et économiques et l’amitié entre les peuples. Et les soldats en présence incarnent parfaitement deux valeurs d’une force immense qui n’ont pas pris une ride et qui selon moi peuvent encore aujourd’hui construire les femmes et hommes de demain: la loyauté et le dépassement de soi. 

Pour conclure ce compte rendu, je voudrais remercier toute l’équipe de l’ambassade et du consulat pour leur implication, leur dévouement même dans des conditions difficiles. Je salue aussi la communauté française pour sa chaleur et son enthousiasme qui m’ont beaucoup touchée. J’ai conscience aussi que dans ce pays, l’influence de la France est sur une pente glissante car nous ne nous donnons pas les moyens de faire mieux alors qu’il existe une véritable attente. Les Allemands et les Chinois ont à l’inverse une influence croissance, avec une politique attractive de bourses scolaires et universitaires pour l’Allemagne, et le grand projet de Route de la Soie pour la Chine. Dans une moindre mesure, les Italiens et les Polonais ont pris une longueur d’avance. Je ne manquerai pas de faire savoir qu’il existe un potentiel de développement pour notre économie et notre soft power en Biélorussie.  

 

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